Des enlèvements et meurtres d’enfants inquiètent la Côte d’Ivoire

Le ministre de la Défense ivoirien, Paul Koffi Koffi, a annoncé lors d’une conférence de presse ce lundi que les forces de l’ordre avaient procédé à près de 1 000 interpellations depuis mercredi dernier, suite à une vague d’enlèvements et de meurtres d’enfants. Depuis décembre 2014, 25 enfants ont été enlevés selon un bilan dressé le 28 janvier par le ministre de l’Intérieur ivoirien, Hamed Bakayoko. Le ministre fait état de « Cinq cas de découvertes d’enfants mutilés et 20 cas de cadavres. » Les rumeurs, alimentées par les Unes sensationnalistes des journaux locaux incriminent les « brouteurs » — des cybercriminels qui arnaquent les gens sur Internet.

Lors d’une autre conférence de presse qui s’est tenue le 23 janvier, le directeur général de la police nationale Brindou M’Bia notait que les corps retrouvés des enfants avaient été « mutilés, avec la disparition de leurs parties génitales, ou décapités, » ce qui pourrait donner du crédit à la thèse avancée par certains médias locaux de « sacrifices rituels ». Une source proche du dossier confiait au journal Le Monde que des sacrifices pouvaient faire sens en fin d’année, certains espérant ainsi avoir de la chance et de l’argent. Les sacrifices peuvent être aussi motivés par l’approche d’échéances électorales en Côte d’Ivoire cette année.

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César Djedjemel est journaliste pour le site d’information ivoirien L’Infodrome et il suit de près l’affaire des enlèvements des enfants à Abidjan, capitale économique du pays. Il s’intéresse également à d’autres enlèvements dans le reste du pays. Contacté par VICE News ce mardi matin, le journaliste nous explique que des marabouts « conseillent les sacrifices humains pour leur apporter de la chance. Les adultes font aussi l’objet de sacrifices humains, mais les enfants sont malheureusement des proies faciles, » explique le journaliste.

Couvre-feu et sensibilisation

Le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, a annoncé en fin de semaine dernière le déploiement de « 1 500 hommes dont 1 000 policiers, 300 gendarmes et 200 militaires, dotés de moyens conséquents pour renforcer les patrouilles dans certaines zones criminogènes, les plans d’eau, les abords des écoles, autour des cybercafés. » César Djedjemel nous confirme que « les cybercafés, malgré la progression de l’Internet mobile et à domicile en Côte d’Ivoire, sont encore envahis par les jeunes, et notamment des « brouteurs » qui s’adonnent à l’escroquerie en ligne. » L’État ivoirien a donc décidé d’imposer un couvre-feu aux cybercafés à partir de 21H et a procédé à la fermeture de plus de 550 d’entre eux qui n’avaient pas d’autorisation.

Contacté par VICE News ce mardi, Fidèle tient un cybercafé à Abidjan avec son frère. Il nous confirme : « Tout le monde a peur ici. Moi-même j’ai peur, j’ai deux petites filles. Notre cybercafé ferme à 21H comme la police l’a demandé, cela leur permet de mieux travailler. »

Les écoles sont aussi devenues une zone à risque. Désirée est directrice des études dans un collège du centre d’Abidjan. Elle nous raconte : « Notre principal remède c’est la sensibilisation des enfants, pour leur rappeler d’être vigilants. Les enfants qui viennent en car à l’école sont rapprochés le plus près possible de chez eux, les parents viennent chercher les enfants à l’intérieur de l’école au lieu de les attendre dehors comme c’est habituellement le cas. Enfin, pour les enfants qui doivent rentrer seuls chez eux, nous organisons des petits groupes de quatre, en fonction de leurs quartiers respectifs pour qu’ils ne rentrent jamais seul, » détaille la directrice. Pourtant Désirée déplore l’absence de forces de police devant les établissements scolaires, « La police n’en fait pas assez à mon goût. Il faut qu’ils se montrent, qu’ils intimident [les kidnappeurs]. »

En complément du dispositif détaillé par le ministre de l’Intérieur, la ONUCI (Opération de maintien de la paix des Nations Unies en Côte d’Ivoire, déployée depuis 2004, suite à la guerre civile en Côte d’Ivoire de 2002) va épauler les forces ivoiriennes. Kadidia Ledron, la porte-parole de l’ONUCI, déclare à VICE News, « À chaque fois que les autorités ivoiriennes nous sollicitent, nous leur apportons notre appui. L’objectif de notre mission est de ramener la sécurité dans le pays. » La porte-parole détaille l’aide des Nations-Unies, « Un appui quotidien sera apporté aux forces de police grâce à un renforcement des capacités et une vigilance accrue sur l’ensemble du territoire, spécifiquement à Abidjan. Les forces militaires de l’ONUCI seront, elles plus visibles et certaines d’entre elles seront renforcées numériquement. »

Le « brouteur » objet des rumeurs

Les « brouteurs », des cybercriminels, qui font les poches de leurs victimes en les appâtant avec des mails ou des webcams, ont rapidement été les suspects privilégiés des rumeurs ivoiriennes. « Ce sont des criminels, des arnaqueurs, ils rentrent dans les comptes en banque et “broutent” tout l’argent qui est sur le compte des victimes, » note le journaliste César Djedjemel. Il rappelle que les brouteurs « s’adonnent à des pratiques fétichistes pour s’assurer d’appâter des proies riches et ensuite les dévaliser. Conseillés par des marabouts, les sacrifices peuvent être une option, » nous confie le journaliste. Arrivée du Nigeria il y a une quinzaine d’années, « cette mode des brouteurs a pris en Côte d’Ivoire rapidement, les jeunes voyant l’opportunité de gagner facilement de l’argent, » détaille Djedjemel.

La proviseure du collège abidjanais confirme que les rumeurs qui traînent dans la ville visent principalement « Les brouteurs qui disent entendre une voix mystique qui leur demande du sang humain. » Désirée nous confie aussi qu’un suspect interpellé la semaine passée avait déclaré à la police : « On m’a commandé des têtes. » Les rumeurs qui se diffusent très vite dans Abidjan ont amené « Des parents à venir chercher leurs enfants en pleine journée pas plus tard que la semaine dernière, » nous raconte la proviseur.

Ce début de psychose et la multiplication des rumeurs ont obligé le ministre de la Défense, Paul Koffi Koffi, à déplorer lundi les « fausses rumeurs. » Le ministre a appelé au calme et à prévenir toute rumeur pouvant asseoir une psychose.

Suivez Pierre Longeray sur Twitter @PLongeray

Image via Wikimedia Commons / Zenman

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