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Depuis 20 ans, Ali amène sa part de progrès

Avec un titre comme Que la paix soit sur vous, le nouvel album d’Ali fait instantanément figure d’ovni dans le paysage rap de 2015. On peut le déplorer, s’en réjouir, mais on peut aussi tout simplement apprécier la musique, calmement et sereinement. Survivant d’une époque et d’un certain style de rap, plutôt discret depuis qu’il est en solo, Ali continue de suivre sa voie, sans jamais hausser le ton et sans se faire d’illusion : la paix ne fait pas vendre. Après quelques mises en confiance, on a enfin pu s’entretenir avec le rappeur d’Issy-les-Moulineaux. Une longue discussion au cours de laquelle on a évoqué son parcours, son album, ses textes, son évolution et même le film Kopp, parce qu’il faut bien rigoler avant que la Société-Internet ne s’embrase et que le ciel nous tombe sur la tête.


Noisey : Tu reviens tous les 5 ans pour un album, c’est calculé ?
Ali : C’est vraiment pas un choix de ma part. C’est une question de timing, dans l’écriture, le mix, le mastering, qui ont pris énormément de temps… Le fait que ça fasse 5 ans précisément est une coïncidence.

Il y a un côté retour aux sources, avec notamment l’utilisation du scratch qui s’est un peu raréfié ces temps-ci.
C’est très important, ça fait partie de la culture. A partir du moment où tu l’oublies, tu tues une partie de la culture. Dieu merci je ne suis pas le seul à préserver ça. On est peu, c’est vrai, mais il y en a.

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On ne s’oublie pas tu as invité Exs, ça renvoie à toute une époque… Tu es nostalgique ? Sourire La connexion avec le Rat Luciano n’était pas forcément attendue, mais ça semble presque évident comme combinaison. L’invité vraiment hors-rap, c’est Habib Kane, comment s’est fait ce choix ? Je me rappelle qu’à l’époque du feat avec Red-K, celui-ci avait dit un truc du genre « j’avais vraiment envie d’avoir Ali sur le morceau mais je ne savais pas s’il allait dire oui ». Cette image assez fermée, c’est une réalité ou juste de l’appréhension que les gens ont avec toi ? Tu penses quoi du rap français actuel ? Fu Schnickens qui étaient au top aussi. L’autre différence c’est le mix, plus adapté aux façons d’écouter la musique aujourd’hui. C’est un peu plus froid, plus épuré. On est passé de l’analogique, du travail sur les bandes, au numérique. Mais ça n’empêche pas des artistes de préserver le côté soul malgré les machines. Je suis content parce que le mouvement vit. Peu importe la forme que ça prend. De nouvelles formes se sont toujours greffées au hip-hop classique on va dire, comme la New Jack Swing, qui a donné des belles choses. Crunk, Dirty, Trap, c’est pareil, ce sont des mouvements qui passent, un peu plus rapidement, mais le hip-hop classique reste et c’est ce que j’aime. On a ce que l’industrie et les radios font tourner mais il y a toujours des gens comme Ron Brice, comme Red-K. Des gens qui soignent la technique sans oublier les fondamentaux. « Ma voix traverse les murs sans détruire les fondations », ça résume bien ton travail : avoir la portée la plus large possible sans attaquer. L’évolution des titres de tes albums (Chaos et harmonie, Le Rassemblement et maintenant Que la paix soit sur vous) correspond à la tienne ? Le Rassemblement On a souvent tendance à voir les rappeurs « sérieux » comme inoffensifs, or dans « Doux et puissant » tu dis bien « ni proie ni prédateur » Dans Art tu rappes « qui ne veut pas se taire devrait commencer à rapper ». C’est toujours ta vision du rap, exprimer sa révolte ? « Le mal finira comme le Mur de Berlin » (« Innocence ») C’est ta conviction ? Tu n’as jamais de dilemme sur scène, genre le public qui demande « Le Crime paie » , etc ? Le début du morceau « La Bonne nouvelle » est super technique, c’est un aspect qu’on a tendance à zapper chez toi. cyphers Tu arrives à apprécier des artistes pour la forme malgré le fond qui te déplaît ? « Certains ont essayé d’aimer, ne pas réussir c’est mener une vie bâclée, le coeur en est la clé » ( « La Clé » ). Le passage renvoie à « Le paradis retrouve ses origines quand on y part à deux » sur le 1er album… « Etrange quand parler de paix dérange » ( « Salam »), ça peut s’appliquer au rap mais aussi à la société dans son ensemble. Le Temps de cerveau disponible Quel a été ton sentiment après tous les amalgames qui ont été faits suite aux événements de Charlie Hebdo ? Tu te considères comme un rappeur conscient ? Au moins, tu n’as pas le côté père-la-morale de certains, quand on t’écoute on ne se sent jamais « jugé » [R ires ] Question un peu triviale : tu as entendu parler de Kopp, le film ? Quel regard tu portes sur ton ancien collègue aujourd’hui ?
Tu es quand même fier de l’impact qu’a eu Lunatic à l’époque ? Que la paix soit sur vous Ah bah c’est super gentil, vraiment. Ça n’a aucun rapport mais ta phrase haï avant même ma venue au monde m’avait bien marqué pour une raison totalement perchée : en gros, quand ma mère (blanche) était enceinte de moi, elle a eu un rendez-vous dans une crèche. Juste avant elle, il y avait un couple de Noirs, et la meuf de la crèche lui a fait une super blague sur la puanteur des Noirs. Mais j’imagine que tu ne l’as pas écrite pour moi, à la base. Seconde anecdote : Snow In Paradise, un film sorti récemment, raconte l’histoire d’une petite frappe plus ou moins en rédemption et, à un moment, il rentre par hasard dans une mosquée, un mec lui dit « l’Islam c’est la paix » . A ce moment précis, beaucoup de gens ont éclaté de rire dans la salle. Sourire


Yérim est en paix avec Twitter.

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