Music

Attila Csihar de Mayhem a toujours le feu sacré

Photos – Ester Segarra De Mysteriis Dom Sathanas,

Videos by VICE

Esoteric Warfare
Noisey : Mayhem existe depuis 30 ans, et vous venez de sortir votre 7ème album, Esoteric Warfare. Parle–moi un peu du contexte de l’enregistrement. Attila Csihar : Ordo Rires

Tu parles de « musique extrême ». Est-ce que, selon toi, l’idée que se fait le public de l’art ou de la musique extrême a évolué ? La musique extrême de 2014 est-elle vraiment différente de celle de 1984 ?
Dans les années 80, la « musique extrême » est née grace à des gens qui voulaient repousser les limites de la musique. De nouveaux groupes débarquaient. Motörhead a commencé par utiliser une double pédale, puis Slayer a rendu le truc encore plus extrême, et des groupes comme Mayhem ont ensuite débarqué avec quelque chose d’encore plus agressif : le black metal. Il y avait aussi des groupes comme Possessed quand ils ont sorti Seven Churches. Au début, tout le monde se concentrait sur la technique, c’était à celui qui allait jouer le plus vite, faire les trucs les plus dingues à la guitare. Mayhem et la scène scandinave sont arrivés après, avec l’envie d’être extrêmes dans notre musique, mais aussi en dehors.

De Mysteriis Dom Sathanas Rires . Rires .

Tout le monde essaie de repousser les limites, pas seulement dans la musique, mais aussi dans le cinéma, la mode, les jeux-vidéos. Tout est de plus en plus extrême, d’un point de vue techniqueme en tout cas. Les gens sont de plus en plus tarés. Mais je pense aussi qu’il y a une limite. Il arrivera un stade où les gens seront bloqués. L’énergie a un point culiminant, et il est aussi tranchant qu’une lame de rasoir. Si tu y parviens, l’énergie décline instantanément. Elle s’affaiblit. Tu ne progresses plus, et tout s’essouffle.

Tu ne peux pas commencer à une vitesse maximum. Il faut garder une certaine cadence, parfois on freine un peu notre batteur, Hellhammer, parce qu’on n’a pas toujours envie de s’imposer une certaine vitesse ou un certain niveau de technicité. Mais Hellhammer veut toujours aller plus vite [Rires]. On essaye de le contenir parce qu’il est fou [Rires]. Il a la quarantaine et il continue à repousser les limites, et c’est ça le plus extrême, je pense. C’est notre façon de faire, on essaye toujours de repousser nos limites, dans différentes directions.

Être extrême c’est ça, pour moi : repousser ses limites. Tu en demandes toujours plus – plus haut, plus fort, plus vite, pour atteindre un objectif hors de ta portée. Le metal, c’est une musique tellement cool à écouter, mais tu ne peux pas définir ce qui la constitue. Peu importe que tu sois doué ou non en musique, ce n’est pas une question de talent. Ça a plus à voir avec les sentiments et la façon dont tu les exprimes. C’est super dur à décrire… Tu peux l’apprendre, mais ça peut aussi te venir instinctivement. Parfois, il suffit de jouer les premières notes de ton morceau pour que les gens deviennent dingues.

Et tu peux faire des études de musicologie et savoir jouer de tout, du classique au jazz, mais être incapables de déchaîner un public en ne jouant qu’une seule note. C’est vraiment un truc intéressant dans la musique, ce fossé entre les deux.
Quand on joue nos morceaux des années 80 en concert, ils en mettent plein la gueule, bien plus que nos nouveaux morceaux. Ils sont plus brutaux. Il y a quelque chose de fondamental dans ces morceaux. Je ne sais pas à quel point notre nouvel album est extrême. On aurait pu avoir un jeu plus progressif, mais ça aurait rendu le truc limite jazz-fusion [Rires]. Ça pourrait être super extrême dans un sens, mais le pouvoir et la force de Mayhem en seraient affaiblis. On ne voulait pas partir dans cette direction, et je ne pense pas que ce soit ce que les gens auraient aimé entendre.

C’était vraiment cool et ça nous a fait du bien de revenir à ce qu’on faisait avant. Et Hellhammer a retrouvé le sourire, donc c’est bon signe [Rires]. Il a fait des trucs assez déments à la batterie. Le jeu de guitare est bien corrosif aussi : un amas d’accords, de bruits et de tonalités délirantes. Je ne sais pas à quel point ce disque est extrême, mais en tous cas, il est très intéressant. Et ça nous place une nouvelle fois sur le fil du rasoir. J’ai également essayé de pousser mon chant à l’extrême ; des trucs que je n’avais jamais fait, comme ce putain de [il crie dans le téléphone]. Ce genre de voix de sorcière, tu vois ? Je l’ai travaillé pendant des années, mais je ne l’avais jamais vraiment utilisé.




Quand as-tu réalisé que tu avais cette capacité vocale ? Tu as été inspiré par d’autres chanteurs à tes débuts ?
C’est une histoire bizarre, qui remonte à mon enfance. J’étais enfant unique et j’ai toujours été fasciné par la musique. J’ai découvert les trucs heavy quand j’avais 9 ans environ. Mon demi-frère m’avait filé des disques de KISS et de AC/DC, j’ai débuté avec ça. Quand j’étais chez moi, je chantais pour déconner. Quand t’es seul chez toi, qu’est-ce que tu fais pour t’amuser ? Je mettais la chaîne à fond et j’écoutais du heavy metal bien violent en essayant de chanter par dessus les paroles, même si je ne comprenais pas un seul mot. Je n’aurais sûrement jamais fait ça si j’avais eu un frère ou une sœur. J’étais seul. En plus, je m’entraînais de manière assez intense en water polo et en course à pied, ça m’a aidé à acquérir une bonne discipline.

J’ai ensuite commencé à chanter avec Tormentor. Au début, ça me faisait mal à la gorge, parce que je ne faisais qu’hurler, mais j’arrivais quand même à bien avoiner. Je n’ai jamais perdu ma voix. J’ai toujours entendu des histoires où les types perdaient leur voix ou se la niquaient. J’ai eu beaucoup de chance. Ça ne m’est jamais arrivé. J’ai souvent chanté avec Tormentor alors que j’étais très malade, et dès qu’il y avait un concert, je chantais quand même. Il m’arrivait parfois d’avoir un peu de mal à parler à la fin d’un concert, mais je n’ai jamais perdu ma voix. Ensuite, j’ai essayé d’autres trucs. Un ami m’a conseillé d’aller voir un prof de chant. On était au début des années 90, avant que je ne rejoigne Mayhem. Je me suis dit « Quoi ? Bon, ok. Après tout, pourquoi pas ? » (rires). La prof était une vieille dame – une chanteuse d’opéra. Évidemment, je ne lui avais rien dit, juste « Ouais, j’aime bien le chant et tout ». C’est la première fois que j’entendais parler de techniques de respiration, j’ai pris des cours avec elle pendant six mois environ. J’ai du arrêter, mais j’ai beaucoup appris sur la respiration et la façon de l’utiliser dans le style de musique que je voulais faire.

Environ dix ans plus tard, au début des années 2000, on m’a invité à participer à un opéra rock, Jesus Christ Superstar. Je ne faisais pas grand chose à ce moment-là, j’ai accepté. J’ai eu le rôle de Caiphas – le prêtre qui a crucifié Jesus – et je devais chanter « Mourir ! Mourir ! Jésus doit mourir ! » [Rires]. C’était drôle. J’ai repris des cours avec une prof de chant aussi, pendant plusieurs années. Elle était chanteuse d’opéra de formation classique, et elle parlait aussi de toutes ces techniques de respiration. Je travaillais vraiment là-dessus. J’ai arrêté un peu plus tard, et j’ai commandé des DVDs d’entraînement vocal, je trouvais ça plus efficace en fait. Mon DVD était plus orienté vers la musique contemporaine, le folk et le rock.

Comment as-tu perçu l’évolution de la scène black metal, des débuts à aujourd’hui ? ce Rires
Puisque tu parles de live, les concerts de Mayhem ont également acquis une certaine réputation. Tu te soucies beaucoup de la teneur de vos performances ? À quoi peuvent s’attendre les fans qui vont aller voir Mayhem cette année? Rires Jonathan Dick aime tutoyer les extrêmes dans chaque interview qu’il fait. Il est sur Twitter – @steelforbrains Plus de black metal Les awards du Hellfest 2014 The Soft Pink Truth sort un album électro-queer en hommage au black metal Dayal Patterson vient d’écrire le troisième meilleur livre sur le black metal Watain est l’impérial requin qui patrouille dans les océans noirs de l’empire de la haine Altars Of Madness est la première expo d’art contemporain dédiée au metal extrême
Thank for your puchase!
You have successfully purchased.