La canalisation du glamour, par Chromium Dumb Belle

Chromium Dumb Belle est une fille faite de paillettes, de fantasme, et de nostalgie et est aussi une chorégraphe hors-pair qui imagine des danses étranges qu’elle ne partage avec personne. Ses grands trucs, c’est la broderie et la découpe, les concoctions sauvage de tissus fleuris qui ont l’air d’avoir été faits aux crayons de couleur fondus, et les visages légèrement tourmentés comme ceux des créatures des profondeurs marines qui glissent sur le côté comme une horloge dans un tableau de cette pipe de Dalí. Son travail est séduisant et prêt pour la scène. Quelle scène vous vous demandez ? Cette scène qu’on appelle VIE, sur laquelle on est tous des étoiles bizarres, chatoyantes et scintillantes.

Elle et le surréaliste et céleste photographe/canalisateur cosmique Owleyes ont collaboré sur une exposition appelée « Machine Dances ». C’est ouvert depuis quelques jours dans cette grande ville américaine qui s’appelle New York.

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VICE : Salut Chromium Dumb Belle. Est-ce que tu peux m’expliquer le rapport entre la danse et la broderie ?

Chromium Dumb Belle : Je pense qu’il y a de la danse dans tout, chaque petite chose autour de nous est un genre de danse. La broderie est tellement rythmique et je ne peux pas coudre plus vite que les battements de mon cœur. J’entre dans une sorte de transe et je peux sentir l’aiguille pénétrer dans le tissu aussi rapidement que mon cœur bat. L’aiguille et le fil, la pièce sur laquelle je travaille, deviennent une autre partie de mon corps. En fait, tu deviens une sorte de « dance machine » humaine.

Ça me permet de supprimer cette structure artificielle qui a été construite autour de nous pendant une seconde, de renouer avec le rythme naturel de mon corps, au lieu de le forcer dans un rythme artificiel accéléré.

Dans toutes tes photos et vidéos tu es entourée par des écharpes. Pourquoi les aimes-tu autant ?

Je ne savais même pas que j’aimais autant les écharpes ! J’adore les tissus flottants et tourbillonnants, les soies, les tissus qui dansent. Je suis réellement obsédée par la danse en tant qu’art théâtral, l’histoire, le design, les costumes, tout ce qui la concerne. C’est tout son « royaume » qui m’inspire vraiment.

OK, le royaume de la danse. Il y a cette obsession des mantes religieuses, aussi. Ça vient d’où ?

Je suis assez fascinée par les insectes ces derniers temps, et je crois que la mante religieuse est probablement le plus bel insecte que j’ai jamais vu. C’est comme un joyau exotique ou un origami vivant, et surtout, ces trucs peuvent DANSER. J’adore cet air mécanique qu’elles ont. J’espère m’en acheter une après l’exposition… On verra bien.

Tu as fait un livre qui s’appelle « Biba Dolls », en hommage à la ligne de Barbara Hulanicki dans les années 1970. Ça t’est venu comment ?

Le  « Biba Dolls book » est un truc que j’ai commencé il y a déjà un bon moment. J’ai collectionné les vieilles poupées Biba pendant des années, et je crois que c’est venu comme ça. A l’époque personne ne s’intéressait vraiment à Biba, il n’y avait qu’un seul autre livre qui avait été fait par Barbara Hulanicki dans les années 1980. En réalité, je ne m’attendais pas à ce que le mien provoque un tel engouement quelques années plus tard. Je publierai peut-être une seconde édition un jour, qui sait. C’est dommage que ça n’ait pas duré longtemps. Quand Biba a rouvert, je me souviens qu’ils voulaient publier une autre édition ; finalement, ça ne s’est pas fait. C’est un genre de vieil ami perdu de vue maintenant.

Ci-dessus, on voit deux photos issues de ta nouvelle exposition. Tu peux nous en parler ?

Owleyes et moi avons collaboré sur ce projet du début à la fin. En réalité, on est tous les deux inspirés par le travail de l’autre depuis des années. La façon dont j’assemble mes découpes et mes broderies est analogue à celle dont Owleyes travaille sur ses boulots ; on comprend très naturellement ce que fait l’autre. Mais nous n’avons pas présenté dans cette exposition le travail qu’on fait habituellement en commun. On est tous les deux super inspirés par le vieux monde du théâtre – on a fabriqué nos propres accessoires, mis en scène le décor, créé nos propres costumes, et avons pour ainsi dire « créé un monde » à notre image et dans lequel nous devenons les créatures que nous imaginons dans nos autres œuvres. On a créé notre propre univers qui nous présentons ici côte à côte et chaque oeuvre recèle et cache un élément du travail de l’autre.

LIZ ARMSTRONG

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