CHER VICE – J’AI RENCONTRE LES BLACK ANGELS

Pioneertown, Californie, dans le désert de Joshua Tree. A l’occasion du festival Clean Air Clear Stars, environ 200 personnes on fait le déplacement. La Bud pression est à 2 dollars au bar de Pappy & Harriet’s. Au même comptoir Christian Bland se pointe et commande un quesadilla au poulet. Je le complimente sur les affiches de Bland Design, et nous voilà attablés à discuter.

Christian : T’es au courant qu’on fait une tournée avec Roky Erikson (le chanteur/guitariste du 13th Floor Elevator) ?

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Ouais, j’ai déjà mon billet pour venir vous voir. Cette merde m’a coûté 40 dollars.

Christian : Oh je suis désolé. C’est ridicule.

Vous avez commencé à répéter avec Roky ? J’ai entendu dire qu’il était taré !

Christian : Oui, on a commencé il y a un bout de temps. Il a eu pas mal de problèmes de schizophrénie dans sa vie… Tu savais qu’il avait été interné et traité par électrochocs ?

Et aujourd’hui, il est toujours aussi taré ?

Christian : Bah, un peu… Il a plus ou moins deux personnalités. Parfois t’as l’impression de parler à un gamin, et parfois t’as l’impression de parler à un vieillard.

Et il sait toujours jouer de la guitare ?

Christian : Ouais, ça ca va mais tu sais quoi ? Il a complètement oublié les chansons des Elevators, c’est nous qui les lui apprenons !

Et vous enregistrez comment ?

Christian : Tout est sur cassette. On ne fait rien en numérique. On enregistre chez ce mec, à Austin, qui nous fait tout.

C’est quoi, c’est genre du Revox ?

Christian : Non, ce gars a un matos de fou, il a un enregistreur analogique 32 pistes. Ca nous donne un bon vieux son sale à l’ancienne.
– Mais votre son est pas aussi dégueu que ça ! Tu connais les Black Lips ?

Christian : Ouais, je connais, ils sont vraiment cools.

Bah eux, pour le coup, ils enregistrent sur cassette et ont un son vraiment dégueu. Tellement dégueu que deux de leurs albums sont inécoutables. J’ai toujours cru que vous, vous enregistriez en numérique.

Christian : Tu crois ? Ouais, peut-être. Je pense que ce qui fait la différence pour nous c’est que sur cassette on peut pas supprimer les sons imprévus, les petits ratages. Ce sont ces trucs là qui font la chanson, au final. Tes venu nous voir en concert en France ?

Ouais, à la Maroquinerie.

Christian : Mec, c’était incroyable. C’était le meilleur concert qu’on ai fait en Europe. Tout le monde connaissait les paroles de nos chansons, on s’y attendait absolument pas. C’était dingue.

Ouais, c’était vraiment bien. Surtout la reprise de I Wanna Be Your Dog à la fin.

Christian : Ah ouais putain. C’est Nate qui l’a lancée, c’était incroyable. Moi je faisais juste des conneries avec du fuzz sur l’orgue.

Mais vous vous amusiez sur scène ? Parce que vous n’avez pas souri une seule fois. Même Nate, quand il chantait I Wanna Be Your Dog avait l’air d’être super vénère. J’ai dû vous voir trois fois en concert, et à chaque fois vous aviez des têtes de connards qui se la pêtent. Pourtant, j’ai discuté avec Alex, je t’ai rencontré toi, et vous êtes super sympas.

Christian :On est pas des connards. On est juste super timides, et ça nous fait peur d’avoir autant de gens devant nous ; alors, pour compenser, on fait semblant d’être super surs de nous.

(arrive Nate Ryan)

Nate : Enchanté, Nate.

Salut Bob Dylan.

Christian :Sérieux, je suis d’accord avec lui. T’as la gueule de Bob Dylan.

C’est l’expression sur ton visage, et tes cheveux aussi.

Nate : C’est quoi ces conneries là ? Bon je trace, je vais chercher des bières.

Texte : Thomas Bellier
Photos : Angie Gray

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