CRÉEZ VOTRE GROUPE ELECTROCLASH EN 5 LEÇONS

Vous vous souvenez de l’electroclash ? C’était ce genre bâtard qui mêlait “l’esprit punk”, les synthés new-wave et toutes les pires idées de la musique électronique. Tout le monde fait semblant de ne pas s’en souvenir mais pourtant, c’était il n’y a pas si longtemps. La vraie disparition de ce type de musique remonte à seulement trois ans, quand le tant attendu deuxième album de Fischerspooner est sorti dans l’indifférence la plus absolue. Depuis, seuls les gens ayant des rapports d’ordre génésique avec des personnes du même sexe continuent à batifoler ironiquement sur cette musique.
On s’est donc dit que la mort officielle de l’electroclash ne serait prononcée qu’une fois que tous ses codes seraient décryptés. Voilà quelques conseils pour que vous participiez activement à l’éradication totale de cette merde. Créez vous-aussi votre propre groupe electroclash.

1. Avoir un look tout pourri

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Comme dans tous les styles de musique, le sous-genre electroclash se félicite de son style sans concession et novateur, qui mixe plusieurs écoles pour en faire un truc dégueulasse. Je ne sais même pas par où commencer. Achetez d’abord un tee-shirt faisant une référence explicite à votre activité sexuelle ou à un groupe des années 1980 très marqué sexuellement (prenons au hasard, Frankie Goes To Hollywood). Optez pour un jean neuf mais troué. Faîtes vous ensuite couper les cheveux dans un salon merdique post-Tony & Guy (“y a que des ploucs qui y vont maintenant lol”) et, si possible, essayez d’accentuer le plus possible l’effet court sur les côtés/décoiffé en haut. Rajoutez à votre parure un maquillage décomplexé et un dj bag. Ça y est. Vous avez l’air d’une grosse merde diplômée des Beaux-Arts.


2. En faire des tonnes

Dans tous vos déplacements, concerts, soirées, afterparties, conférences de presse mix mag, n’hésitez pas à en faire beaucoup plus que la plupart des autres artistes. Allez toujours plus loin dans la grandiloquence, même si plus personne ne se déplace à vos concerts depuis cinq ans. Affirmez au grand jour votre culte pour T.Rex et n’oubliez pas de rajouter que vous adorez aussi Elton John (vous n’êtes pas un de ces “connards prétentieux super pointus quoi, l’ennui”). Il faut de même tenir un discours invariablement super chiant en interview, durant lesquelles vous prononcerez des mots tels que “soupape de sécurité”, “électrocambolesque” ou “moustache du bas”. Il vous faudra aussi insister sur des idées hautement transgressives du genre “j’en ai rien à foutre d’être hépatique, j’vois pas pourquoi j’continuerai à baiser avec des capotes quoi”. En gros, faîtes tout de manière à ce que vos parents aient honte de vous.


3. Jouer sur la confusion des genres

Vous allez devoir mettre à profit les pires instincts qui sommeillent en vous, ceux qui ne sont exploités que quand vous voulez faire des blagues lourdes après trois bouteilles de gin. Vous allez devoir vous travestir. Mais en plus, je vous encourage à pousser le vice jusqu’à parler de choses sophistiquées en prenant des intonations aigües et très vite irritantes. Dans le cas des filles, optez pour l’acquisition d’une fausse moustache au rayon second degré des débarras lesbien et n’hésitez pas à favoriser la pousse des poils dans les régions pubiennes, anales et sous les aisselles. Je ne saurais que trop vous conseiller le visionnage de quelques vidéos comme celles de “Ziggy Stardust”, les films de Greg Araki et “À armes égales”, un drame militaire où Demi Moore joue une légionnaire américaine qui se fait insulter par tous les soldats hommes.


4. Savoir manier l’hystérie

La musique électronique des années 2000 étant un genre typiquement féminin (club, mode, photos, seins, chattes), il est bon de maîtriser l’art so grrrly de l’hystérie festive. Suivez les quelques codes de la grande tradition des happening arty/lesbiens/pinard : cris, rires bruyants, poses suggestives, dripping de peinture, slogans incendiaires. Outre l’utilisation de ces méthodes reposant sur des effets sensoriels, ne pas pour autant négliger l’attitude. Essayez d’imaginer votre vie comme un clip porno-softcore de Cindy Lauper circa ’85, dans lequel vous joueriez un personnage central à moustache. Comprendre : faîtes votre possible pour finir à poil en buvant un Kir Royal. Ne pas oublier une des conventions fondamentales de l’hystérie contemporaine, à savoir accepter publiquement son complexe Oedipien et sa bisexualité. Si vous êtes une meuf, embrassez “pour rire” vos copines en soirée. Si vous êtes un mec, achetez un skinny jean de couleur violette.   


5. L’humour potache

Une bonne blague pour chauffer la salle entre deux morceaux catchy ? N’y comptez pas ! À la scène comme à la ville, mettez-vous bien en tête qu’il est désormais hors de question d’être drôle. Votre nouveau rôle de membre d’un groupe second degré vous l’interdit formellement. Mais le genre a pourtant un type d’humour bien spécifique que l’on retrouve dans plusieurs autres scènes musicales cousines : grunge lesbien, country ironique type Nashville Pussy, glam métal de toutes époques. Il repose sur plusieurs fondations solides telles que les slip-fausse bite, les interludes-canulars mettant en scène un chien pédé ou les blagues faisant intervenir des préservatifs gonflés à l’hélium. C’est un croisement ingénieux entre les vannes de cul post-hippie Max Pecas et toutes les peurs sexuelles des gens depuis l’apparition du sida. S’il est difficilement compréhensible pour les non-détenteurs d’une carte étudiante, il est cependant facilement reproductible. Pour cela, veillez à fréquenter le plus souvent possible les apéros dinatoire du 3ème arrondissement suivis des soirées alternatives poposées par Andrea Crews.

Je viens de me rendre compte avec surprise que je ne vous ai donné aucun conseil en ce qui concerne la musique ou le “matos” electroclash. C’est pas vraiment fait exprès, mais c’est pas vraiment un problème non plus. Si vous ne deviez retenir qu’une recommandation, ce serait celle de vous procurer un synthétiseur analogique, un laptop et un partenaire chanteur.
Vous allez me dire que c’est un peu facile de se moquer d’une musique mort-vivante qui ne font même plus rire les femmes  célibataires de plus de trente ans. J’aurais pu tenter la même chose avec la fidget house ou l’electro-pop venue du froid, mais je crois bien que notre lectorat blogspot.com m’aurait traité de “gros enculé”.

MOLLAH OMAR RADDAD

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