Sexe

Dans la baignoire avec Stoya

Photos : Anny Lutwak
Maquillage et coiffure :
Boomie Gjidija
Styliste :
Maggie Dunlap
Assistante photographe : Emma Christ

Stoya n’a pas écrit pour VICE depuis un bout de temps, mais elle n’a absolument pas chômé pour autant. L’année dernière, elle a gagné un XBIZ Award dans la catégorie meilleure scène de film pour adulte. Elle est aussi chroniqueuse pour Refinery29, et s’est lancée dans le business des start-up. Au début du mois de mars, elle a lancé TRENCHCOATx, un nouveau modèle de l’économie du porno en ligne.

Videos by VICE

Créé par Stoya et Kayden Kross, également star du porno, le site est « une galerie de collections temporaires de vidéos pornographiques ». À l’image d’iTunes, TRENCHCOATx propose un service à la carte, où les utilisateurs paient à la scène. Il y aura des séries originales comme celle nommée Fluid (apparemment, elle implique beaucoup de salive et des relations sexuelles sous-marines) ou Graphic Depictions avec Jiz Lee, le/la « genderqueer hero ».

J’ai eu la chance de rencontrer Stoya et de lui parler de ses projets tout en prenant des photos d’elle dans son bain. On a discuté de son nouvel amour pour la réalisation et de son étrange rapport au féminisme.

VICE : Vous pensez que nous entrons dans une époque où les porn stars peuvent être considéré(e)s comme des artistes et bifurquer vers d’autres domaines artistiques ?
Stoya :
J’aimerais vraiment que les porn stars puissent s’adonner à d’autres activités tout en étant considérées comme des personnes normales. Un peu comme James Franco, qui fait plein de trucs. Ce serait bien que les porn stars ne soient plus simplement considéré(e)s comme des professionnel(le)s de la nudité. Mais quand on étudie l’histoire de la pornographie moderne, les médias ne parlent que d’une seule star à la fois, et ils écrivent des trucs type : « Cette fille est un(e) porn star et… ou encore « cette fille est un(e) porn star mais… » On ne peut pas échapper à la presse. De la même manière, on ne peut pas échapper aux citations qui sont republiées et qui continuent à circuler. Je pense qu’il y en a bien trop. Donc oui, ça serait bien d’en arriver là – mais je dis peut-être ça parce que je suis vieille et fatiguée.

Je sais que vous ne revendiquez pas un porno féministe, mais vous en êtes vraiment une figure – et des termes comme « genderqueer hero » apparaissent sur votre site internet. Selon vous, pourquoi les gens vous perçoivent-ils ainsi ?
Je me suis toujours gardée de me positionner comme féministe ou comme une personne éthique – j’ai l’impression qu’à la seconde où vous vous revendiquez comme telle, vous agitez une immense pancarte qui dit « Foutez-moi la misère sur Tumblr. » Le féminisme prend beaucoup d’aspects différents, et le travail que j’ai fait pour Digital Playground n’est en aucun cas féministe. Mais quand j’ai montré le premier film que j’ai réalisé à une de mes amies, elle m’a dit: « À la fin de chaque scène, on voit la femme, heureuse, au moment où l’homme quitte la pièce. C’est comme si tu montrais de manière sexy l’utilité limitée des hommes. » Dans un sens, on pourrait considérer ça comme du porno féministe, mais il n’y avait pas vraiment de diversité morphologique dans le choix des acteurs. Le féminisme est une affaire très compliquée.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans la réalisation ?
Je suis sûre que ça va changer avec le temps et l’expérience, mais en ce moment j’adore expérimenter différents programmes. Si mon instinct me dit de faire quelque chose, je peux l’essayer. Et si ça va mal, la seule personne d’autre à qui je peux en parler est Kayden. On travaille vraiment comme des associées, et je peux me servir de ses impressions sur certains éléments avant de les utiliser pour le boulot – ce qui est l’inverse d’une relation typique qu’on peut entretenir avec son employeur.

Qu’est-ce qui différencie TRENCHCOATx des autres sites de vidéos pour adultes ?
L’expérience consommateur a été pensée pour être vraiment à la carte : vous ne payez qu’une seule somme – que nous pensons être assez juste – pour la vidéo que vous souhaitez. Un des avantages du modèle « à la carte » est qu’il vous permet de suivre une série pendant la durée qui vous convient. Si une histoire fait seulement quatre épisodes, nous n’avons aucune pression pour la continuer. En revanche, si un concept reste toujours fun après 79 épisodes, on peut se permettre d’en faire un 80ème. Cela nous donne plus d’opportunités de tester des choses différentes, comparé à un système d’abonnement au mois qui nécessite une mise à jour régulière suivant une formule, des activités et une esthétique assez figées. Je suis excitée à l’idée de découvrir quelles sont les choses qui vont fonctionner – et comment les améliorer.

Qui est votre audience ?
Je ne sais pas encore. Je ne crois pas au « porno pour hommes » ou au « porno pour femmes ». Nous opérons de manière plus généraliste que certaines niches qui fonctionnent certes très bien, mais qui restent réservées aux gens « qui aiment le POV et les regards à la caméra » ou « à ceux qui adorent les pieds et particulièrement les pieds qui ont une odeur forte – comme en témoigne d’ailleurs la tâche humide sur les chaussettes qui les contiennent.» Par conséquent, nous allons découvrir qui est notre audience à mesure de notre évolution.

Le site web est-il le futur du porno ?
Qui sait ? Le truc cool avec le futur, c’est qu’une fois qu’on y est, un nouveau champ des possibles apparaît. Historiquement, une des plus grosses forces du divertissement pour adulte a été sa capacité à s’adapter rapidement aux changement de goûts, de tendances et de technologies. Soit nous ferons partie du futur de demain, soit nous mourrons – ensuite, quelqu’un récupérera les bonnes idées de notre carcasse pour en faire quelque chose.

Quels sont les objectifs de ton site ?
Le site est tout neuf et notre préoccupation première est de retomber sur nos jambes et de recouvrir l’investissement initial en contenus et en programmes. On aime juste notre job de pornographes, et on veut être capable de continuer à le faire. Je pense qu’être maître de la production et de la distribution, c’est la meilleure façon de continuer à faire des films pour adultes.

On dirait que tu cherches à attraper l’industrie du porno par les couilles.
Je ne veux pas les couilles de l’industrie porno. Je veux simplement une part de son cœur.

TRENCHCOATx.com est en ligne et accessible ici

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