Faut-il soutenir Fabio Capello ?

La démission de l’entraîneur de l’équipe d’Angleterre est le truc dont toute l’île parle en ce moment. Fabio Capello avait-il le droit de lâcher ses joueurs et de les destiner à une énième défaite en compétition internationale ? Aurait-il plutôt dû continuer et laisser John Terry gambader dans son pays imaginaire où les gens sont considérés comme innocents avant qu’on prouve qu’ils sont vraiment coupables ? Essayons d’argumenter à ce propos en attendant que les choses s’améliorent.

Fabio Capello fait ce qu’il veut, nom de Dieu !

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par Fabio Capello

Je prendrai une Calzone s’il vous plaît. Mon aéroglisseur est plein d’anguilles. John Terry ? Je sais, rien de grave. Mi scuzi, j’ai une réunion maintenant. Ce que Terry a dit passerait pour complètement inoffensif en Italie. Le Fab le sait et il a beaucoup d’amis de couleur là-bas. Peu importe que vous soyez bleu, vert, noir, jaune, le Fab vous aime tous. En Italie, on a l’habitude de dire « picaninio » afin de montrer notre affection pour les negritos. Quel est le problème s’il ressemble à un singe ? Fabio ressemble beaucoup au vieux blouson en cuir avec lequel vous essuyez votre pare-brise et, à vrai dire, il s’en fout.

Sérieusement, le Fab adore l’Angleterre : Marco & Spencer, ses six millions de livres par an, Buckingham Palazzo, bouffer du caviar dans des bars lounge, la London Eye, la notion désuète de propriété privée, Stone Hinge, les monthos pythones… Mais Fabio a aussi ses limites. Fabio est un type patient mais Fabio ne se laissera pas faire même si vous lui versez 500 000 livres sur un compte dans les îles Caïmans pour qu’il la ferme. Il a besoin de ses meilleurs joueurs pour perdre en quart de finale. Comment pourrait-il espérer un match nul contre l’Arménie en comptant sur un défenseur payé 19 millions de livres au lieu de 20 ? Comment pourrait-il prendre un but contre la Slovaquie à la suite d’une partie de billard dans la surface si Terry n’est pas là pour dire aux journalistes que l’équipe « aurait dû prendre l’avantage pour trouver plus d’opportunités » à la fin du match ? Absurde. Personne, dans l’équipe d’Angleterre, n’a la folie ni le pouvoir intellectuel de John Terry : ce type est un génie.

Fabio aurait juste bien aimé que la Fédération entende ce que Terry m’a dit dans les vestiaires à propos des négros. Ils comprendraient peut-être que sa soi-disant blague est aussi inoffensive qu’une salade sicilienne. Estimez-vous heureux car il aurait aussi pu vous faire sa démonstration à l’aide d’une banane et de l’autobiographie de Malcom X ; vous auriez alors compris ce qu’est vraiment le racisme. Allez, cette fois j’y vais. Ciao ciao. Basta cozi. Mi scuzi ragazzi. Bunga Bunga. Venerdi Mixtape. Ganouzzi ganouzzo. Questo pipo.

Alors, qué problémo ? Vous êtes outrés par ce qui vient d’être dit ? Allez donc voir en page deux, vous y trouverez plus d’empathie et de réconfort.

Fabio Capello avait tort de démissionner.

Par Oliver Motson-Winter

Depuis que Luis Suarez s’est distingué en traitant Patrice Evra de « diva hottentote » [dernier update en date : le moulinet d’avant-match], le racisme dans le football est devenu un problème d’ordre politique. Cette semaine, Fabio Capello a clairement raté sa panenka au point de pénalty. Comprendre : il n’aurait pas dû parler comme ça de la Fédération. Ensuite, il a enchaîné par un superbe tacle glissé dans la surface qui s’est terminé par un but contre son propre camp. Comprendre : il n’aurait jamais dû démissionner. Si Terry est jugé coupable, il fera un tacle assassin dans la surface. Comprendre : il l’aura plutôt mauvaise une fois en prison.

L’ironie de l’histoire, c’est que Capello s’est sabordé lui-même en tentant de défendre un mec qui a clairement merdé. Fabio s’est mis à pleurnicher pour qu’on fasse à Terry un procès équitable. OK, le seul truc dont on n’a pas besoin ici c’est de discuter la validité d’une hypothèse par la présentation d’arguments évidents devant un procureur. Regardez John Terry : un prolo à la coupe en brosse qui joue pour Chelsea. Sérieux, si ce mec n’est pas raciste, je veux bien manger mon chapeau. Même s’il n’a pas réellement proféré ces insultes, on sait tous à quoi les types comme lui pensent toute la journée – vous pouvez aller faire un tour sur les forums internet pour vérifier.

Évidemment, face à tout ce raffut, je suis le premier à admettre que le foot anglais a encore pas mal de progrès à faire par rapport à cette question délicate. Il y a encore 20 ans, le racisme était sur toutes les pelouses. En tant que blanc, j’aurais eu du mal à me mettre à supporter l’équipe de Huddersfield sans que les gens de mon quartier se mettent à m’appeler « face de craie » ou encore « enfoiré de leucoderme » pour peu qu’ils soient un peu afro-insolents. On se souvient encore des supporters qui balançaient des tubes de Tipp-Ex sur la pelouse ou qui se mettaient à imiter l’accent d’Oxford à chaque fois que vous vous retrouviez dans leur tribune. Peu à peu, les choses se sont sensiblement arrangées. Il faut dire que la fédération a fait du beau boulot avec sa campagne « White is alright » à laquelle avaient participé les stars blanches d’époque genre, Gareth Southgate et Chris Waddle.

Tout cet excellent travail a donc été complètement sapé par un Capello un peu trop soupe-au-lait. Fabio n’a pas su voir qu’après tout, en décapant l’épiderme, en corrigeant un peu les traits du visage, le poids, la musculature et en redonnant à la taille du pénis une norme ethnographique respectable : nous sommes tous les mêmes. Si vous piquez Anton Ferdinand avec une aiguille, ne va t-il pas se mettre à saigner ? Si vous lui offrez un manoir à deux millions de livres dans les Cotswolds, ne l’achètera t-il pas afin que sa bourgeoise puisse y ranger ses chevaux ? Si vous levez une petite pute, ne dira t-il pas « j’y vais en prem’s et toi ensuite » ?  Bien sûr que si, et c’est précisément ce qui le rend respectable. Croyez-moi, si vous aviez vu Anton admonester publiquement ce serveur du Wolseley à Picadilly Circus, vous sauriez exactement à quel point il impose le respect.

En même temps, le prochain coach de l’équipe anglaise devra se conformer aux normes nationales ou se tirer. En Grande-Bretagne, nous sommes fiers de cette longue tradition qui consiste à persécuter les gens qui ne partagent pas notre avis. Nous, les anglais, haïssons le racisme et si ça ne plaît pas au Fab, il ferait peut-être mieux de rentrer presto dans son pays pour bouffer des spaghetti carbonara avec ses potes macaronis.

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