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A moins d’être franchement réfractaire à la bonne musique et aux gens qui défoncent, vous savez comme moi que Future est en home run constant depuis presqu’un an. L’astronaute d’Atlanta vient de lâcher Dirty Sprite 2, son troisième album qui change déjà l’ordre du monde. Pour comprendre l’engouement (soit-disant) soudain pour Future ces derniers mois il est indispensable de revenir sur deux-trois trucs.
Ce qui fait la force de Future, c’est sa capacité à endosser différentes personnalités, à explorer différentes facettes de lui-même en tant qu’artiste : De « Future Hendrix » à « Monster » en passant par « Super Future ». Alors que la trap se présente pour beaucoup comme un genre homogène et redondant, Future prouve encore une fois que le (t)rappeur est tout sauf unidimensionnel. En 2013, Future sort Honest, un album qui le propulsera dans le coeur des rates et du commun des mortels. Pourtant, l’album reste en-deçà des attentes de ses vrais fans. Trop baroque, trop édulcoré, parasité par des featurings dont l’intérêt (à part l’argent) n’est pas toujours évident. Honest met Future en porte-à-faux, exactement aux antipodes de la vérité qu’il prétend incarner. Pire encore, le succès commercial n’est pas au rendez-vous…ajoutez à cela la surmédiatisation de sa relation avec Ciara. Deux facteurs qui suffisent à reconduire Future à la maison, Atlanta.
C’est dans la frustration, que Future comprend que le lien unique entre lui et ses fans de la première heure a été rompu. L’heure est à la rédemption, fini les chansons surproduites qui distancient l’auditeur de Nayvadius (son vrai nom) retourne à ce qu’il sait faire de mieux : chanter le spleen de la rue en défiant la gravité, le tout imbibé d’Actavis, l’ambroisie des rappeurs. Pour cela, il se lance dans une folle campagne présidentielle : « I just want to go back to mixtapes ».
La première mixtape de la série, Monster, sert d’introduction au nouvel alter ego de Future : le Monstre. Produite en grande partie par Metro Boomin, elle rappelle par moment la bande-son de Candyman, composée par Phillip Glass. Un film d’horreur des années 80 dont l’intrigue se déroule à Cabrini Green, Chicago, la cité la plus meurtrière et ravagée des États-Unis au moment de la sortie du film. Pour Future c’est l’occasion d’un retour à la créativité pure et destructrice, Future passe de « Girl when I’m with you, feel like a champion » à « Girl you know you like a pistol, you a throw away ».
Suivront Beast Mode, une démonstration du lifestyle flamboyant du rappeur et 56 Nights, qui clôt le bal élégamment, et nous met face à Super Future. Un Future qui respecte la rue et parle exclusivement pour elle, vit par elle. Comme une sorte de divinité qui protégerait toutes les trap houses par la sainte parole.

Dirty Sprite 2 n’est pas seulement la suite mécanique de Dirty Sprite. Il s’agit plus d’une évolution comme il y en aurait dans DBZ. Future se repositionne en tant que street rappeur. Attention street rappeur n’équivaut pas à baisse de qualité, bien au contraire. Alors que quasiment chaque titre de l’album est intrinsèquement un hit, aucun n’a un potentiel pop. L’album s’ouvre sur « I thought it was a drought », Future nous donne le ton dès le début « I just took a piss and I seen codeine coming out ». La codéine sera le leitmotiv naturel de l’album. Evidemment, on peut reprocher à Future de faire la promotion d’un mode de vie décadent. Seulement pour quiconque connaît le rap sudiste, la glorification des opiacés n’a pas été inventé par Future. En revanche, il est assez évident désormais que Future se sert de la codéine comme d’une brand, c’est à dire comme un élément récurrent de son univers. C’est tellement vrai que le rappeur s’apprête d’ailleurs à sortir une boisson énergétique nommée « Dirty Sprite ».
Dirty Sprite 2 confirme que Future n’a jamais été aussi brutalement honnête et mélodique. Il se dérobe aux règles, sa voix glisse nonchalamment sans se soucier de la redondance – « Where Ya At ? » illustre parfaitement ça. Même si le couplet de Drake est vraiment pas mal, impossible de ne pas remarquer la pesanteur quand il pose en comparaison avec Future qui flotte au-dessus du beat. « I serve the base » est la confirmation que le rap game et le crack game sont la même chose. Difficile de pas penser que ce beat aurait pu largement trouver sa place sur Hell Hath No Fury de Clipse. Future affirme que les interviews c’est fini et que les réponses sont déjà parsemées dans sa musique. « Tried to make me a popstar and they made a monster ». Tout est là en effet.
Le mélodramatique « Slave Master » laisse à Future le choix d’une célérité folle, et révèle au public la contradiction inhérente à son univers : « Long live A$AP Yams, I’m on that codéine right now ». La mort d’A$AP Yams au début de l’année reste largement associée à la consommation de cette potion dangereuse dont s’abreuve toute une jeunesse pourtant Future n’en fera pas le procès. Il le célèbre comme Yams voudrait sans doute qu’il le fasse. Dans le sincère et épuré « Kno the meaning », Future explique son parcours, et l’épiphanie artistique qu’il a vécu ces derniers mois. On apprend notamment que lorsque DJ Esco, le DJ attitré de Future et accessoirement le DJ le plus cool du monde s’est vu emprisonné à Dubai l’automne dernier, il a emporté avec lui toute la musique de Future. Laissant à ce dernier nul autre choix que d’enregistrer de nouveaux sons.
Dirty Sprite 2 confirme une fois pour toute le statut de supergroupe de 808 Mafia. Des productions toujours complexes et hypnotiques, satisfaisantes pour leur sens du détail. Metro Boomin, Sonny Digital, TM88 sont les grands architectes de la trap en tant que cinématique. Future est plus que jamais la muse parfaite au regard de sa versatilité. Il est important de noter que Mike Will Made it qui a produit « Turn on the lights », « Real and true » ou encore « Shit » est totalement absent de ce projet d’envergure. Faute de temps ou changement de direction artistique ? Sûrement les deux. Impossible de ne pas se délecter des mélodies féeriques de Zaytoven (> Beethoven) dans « Colossal » ou de la volupté de « The Percocet and Stripper Joint ».
Dirty Sprite 2 est sans aucun doute l’oeuvre la plus aboutie de Future. L’album capture parfaitement les contradictions d’une époque. On peut regretter le fait que Future laisse son humanité et sa douleur de côté, alors qu’elles sont les moteurs de son succès. Pas de « Codeine Crazy » ou de « March Madness » à l’horizon. La blues se fait moins sentir. Future nous apprend que des trucs les plus relous peuvent germer les plus belles épopées. Une rupture c’est jamais la fin d’un monde mais surtout le début d’un autre. Bref j’arrête de me prendre pour Evelyne Thomas. Oui, Dirty Sprite 2 fait de Future un sur-homme, une sorte de Mack 10 humain qui détruirait tout sur son passage. Mais quoi de plus beau que de voir un artiste réaliser pleinement son potentiel ? Future réinvente les règles du rap et confirme qu’il est le rappeur le plus influent de ces 10 dernières années.
Christelle Oyiri réinvente les règles sur Twitter, chaque jour – @crystallmess
Ce qui fait la force de Future, c’est sa capacité à endosser différentes personnalités, à explorer différentes facettes de lui-même en tant qu’artiste : De « Future Hendrix » à « Monster » en passant par « Super Future ». Alors que la trap se présente pour beaucoup comme un genre homogène et redondant, Future prouve encore une fois que le (t)rappeur est tout sauf unidimensionnel. En 2013, Future sort Honest, un album qui le propulsera dans le coeur des rates et du commun des mortels. Pourtant, l’album reste en-deçà des attentes de ses vrais fans. Trop baroque, trop édulcoré, parasité par des featurings dont l’intérêt (à part l’argent) n’est pas toujours évident. Honest met Future en porte-à-faux, exactement aux antipodes de la vérité qu’il prétend incarner. Pire encore, le succès commercial n’est pas au rendez-vous…ajoutez à cela la surmédiatisation de sa relation avec Ciara. Deux facteurs qui suffisent à reconduire Future à la maison, Atlanta.
C’est dans la frustration, que Future comprend que le lien unique entre lui et ses fans de la première heure a été rompu. L’heure est à la rédemption, fini les chansons surproduites qui distancient l’auditeur de Nayvadius (son vrai nom) retourne à ce qu’il sait faire de mieux : chanter le spleen de la rue en défiant la gravité, le tout imbibé d’Actavis, l’ambroisie des rappeurs. Pour cela, il se lance dans une folle campagne présidentielle : « I just want to go back to mixtapes ».
La première mixtape de la série, Monster, sert d’introduction au nouvel alter ego de Future : le Monstre. Produite en grande partie par Metro Boomin, elle rappelle par moment la bande-son de Candyman, composée par Phillip Glass. Un film d’horreur des années 80 dont l’intrigue se déroule à Cabrini Green, Chicago, la cité la plus meurtrière et ravagée des États-Unis au moment de la sortie du film. Pour Future c’est l’occasion d’un retour à la créativité pure et destructrice, Future passe de « Girl when I’m with you, feel like a champion » à « Girl you know you like a pistol, you a throw away ».
Suivront Beast Mode, une démonstration du lifestyle flamboyant du rappeur et 56 Nights, qui clôt le bal élégamment, et nous met face à Super Future. Un Future qui respecte la rue et parle exclusivement pour elle, vit par elle. Comme une sorte de divinité qui protégerait toutes les trap houses par la sainte parole.

Dirty Sprite 2 n’est pas seulement la suite mécanique de Dirty Sprite. Il s’agit plus d’une évolution comme il y en aurait dans DBZ. Future se repositionne en tant que street rappeur. Attention street rappeur n’équivaut pas à baisse de qualité, bien au contraire. Alors que quasiment chaque titre de l’album est intrinsèquement un hit, aucun n’a un potentiel pop. L’album s’ouvre sur « I thought it was a drought », Future nous donne le ton dès le début « I just took a piss and I seen codeine coming out ». La codéine sera le leitmotiv naturel de l’album. Evidemment, on peut reprocher à Future de faire la promotion d’un mode de vie décadent. Seulement pour quiconque connaît le rap sudiste, la glorification des opiacés n’a pas été inventé par Future. En revanche, il est assez évident désormais que Future se sert de la codéine comme d’une brand, c’est à dire comme un élément récurrent de son univers. C’est tellement vrai que le rappeur s’apprête d’ailleurs à sortir une boisson énergétique nommée « Dirty Sprite ».
Dirty Sprite 2 confirme que Future n’a jamais été aussi brutalement honnête et mélodique. Il se dérobe aux règles, sa voix glisse nonchalamment sans se soucier de la redondance – « Where Ya At ? » illustre parfaitement ça. Même si le couplet de Drake est vraiment pas mal, impossible de ne pas remarquer la pesanteur quand il pose en comparaison avec Future qui flotte au-dessus du beat. « I serve the base » est la confirmation que le rap game et le crack game sont la même chose. Difficile de pas penser que ce beat aurait pu largement trouver sa place sur Hell Hath No Fury de Clipse. Future affirme que les interviews c’est fini et que les réponses sont déjà parsemées dans sa musique. « Tried to make me a popstar and they made a monster ». Tout est là en effet.
Le mélodramatique « Slave Master » laisse à Future le choix d’une célérité folle, et révèle au public la contradiction inhérente à son univers : « Long live A$AP Yams, I’m on that codéine right now ». La mort d’A$AP Yams au début de l’année reste largement associée à la consommation de cette potion dangereuse dont s’abreuve toute une jeunesse pourtant Future n’en fera pas le procès. Il le célèbre comme Yams voudrait sans doute qu’il le fasse. Dans le sincère et épuré « Kno the meaning », Future explique son parcours, et l’épiphanie artistique qu’il a vécu ces derniers mois. On apprend notamment que lorsque DJ Esco, le DJ attitré de Future et accessoirement le DJ le plus cool du monde s’est vu emprisonné à Dubai l’automne dernier, il a emporté avec lui toute la musique de Future. Laissant à ce dernier nul autre choix que d’enregistrer de nouveaux sons.
Dirty Sprite 2 confirme une fois pour toute le statut de supergroupe de 808 Mafia. Des productions toujours complexes et hypnotiques, satisfaisantes pour leur sens du détail. Metro Boomin, Sonny Digital, TM88 sont les grands architectes de la trap en tant que cinématique. Future est plus que jamais la muse parfaite au regard de sa versatilité. Il est important de noter que Mike Will Made it qui a produit « Turn on the lights », « Real and true » ou encore « Shit » est totalement absent de ce projet d’envergure. Faute de temps ou changement de direction artistique ? Sûrement les deux. Impossible de ne pas se délecter des mélodies féeriques de Zaytoven (> Beethoven) dans « Colossal » ou de la volupté de « The Percocet and Stripper Joint ».
Dirty Sprite 2 est sans aucun doute l’oeuvre la plus aboutie de Future. L’album capture parfaitement les contradictions d’une époque. On peut regretter le fait que Future laisse son humanité et sa douleur de côté, alors qu’elles sont les moteurs de son succès. Pas de « Codeine Crazy » ou de « March Madness » à l’horizon. La blues se fait moins sentir. Future nous apprend que des trucs les plus relous peuvent germer les plus belles épopées. Une rupture c’est jamais la fin d’un monde mais surtout le début d’un autre. Bref j’arrête de me prendre pour Evelyne Thomas. Oui, Dirty Sprite 2 fait de Future un sur-homme, une sorte de Mack 10 humain qui détruirait tout sur son passage. Mais quoi de plus beau que de voir un artiste réaliser pleinement son potentiel ? Future réinvente les règles du rap et confirme qu’il est le rappeur le plus influent de ces 10 dernières années.
Christelle Oyiri réinvente les règles sur Twitter, chaque jour – @crystallmess
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