J’ai récemment
visité un petit village du nord de l’Italie. Il ne compte que
deux cents habitants et chasser y est encore un moyen de prouver son
honneur. J’ai pu y rencontrer un véritable gentleman italien,
qui avait amassé des piles et des piles d’animaux morts dans
sa maison. Les
taxidermistes ont souvent tendance à exagérer, mais
jamais je n’avais vu un truc pareil. Croyez le ou
non, cela restait quand même une belle demeure, à mi-chemin entre L’étrange Noël de Monsieur Jack version italienne et un catalogue Christie’s de
vente aux enchères.
Eugenio, 53 ans, ne veut
pas être photographié, mais me confie que sa collection
d’animaux empaillés se compose de près de 300
spécimens, «presque tous ont été tués
et empaillés par mon père et moi», nous
avoue-t-il, «c’était avant que certaines espèces
soit protégées et mises sur la liste rouge.»
Pendant que je jette un coup d’œil dans la maison, je réalise
que si certaines personnes viennent à découvrir cet
endroit, la police par exemple, avec les nouvelles lois, elle effectuerait
sans doute plusieurs visites pour vérifier si les minimas de
poids et de tailles des espèces protégées sont
bien respectés.
Videos by VICE
«Mais pourquoi je
vous raconte ça ?» «Les jeunes gens ne cherchent
qu’à remplir leurs estomacs de bière». J’essaye de
le convaincre que même si oui, je suis certainement très
motivé à l’idée de remplir mon estomac de bière,
j’en reste pas moins un grand amateur de décorations excentriques. Il me
fait asseoir, afin de partager quelques unes de ses histoires de
chasse.
«Il n’y avait pas
d’école dans mon village, j’étais en pension lorsque
j’étais gamin, et c’est là-bas que j’ai grandi. Je
voyais mes parents tous les week-ends, et à chaque fois mon
père tenait à me montrer le dernier animal qu’il venait
d’empailler. Il avait l’habitude de jouer aux devinettes avec moi, me
demandant les noms des nouveaux animaux. De retour à
l’internat, je passais la semaine à étudier un livre
sur les oiseaux, que j’avais eu une année auparavant à Noël. Une seule fois, je n’ai pas trouvé le bon nom de
l’oiseau. J’ai fini par découvrir plus tard que mon père
avait coupé des morceaux de trois oiseaux différents,
puis les avait assemblé en un seul. Nous l’avons appelé
Frankenstein».
« Chasser demande
de la vigilance, de la concentration et beaucoup de capacités,
tous ces éléments sont importants pour moi, mais j’ai
déjà malgré tout été blessé.
C’était un matin de Novembre et je partais chasser avec mon
ami le long de la rivière. Moi d’un côté, et lui
de l’autre, comme ça nous ne pouvions manquer aucune proie
tout au long du chemin. Au milieu de la matinée le chien de
mon ami flaira un canard qui volait de leur côté. Le
canard rasa l’eau dans ma direction, et mon ami le tira, le fusil à
la hanche. Quelques balles ricochèrent sur des branches qui
dépassaient de l’eau, et je fus touché à quatre
endroits différents, sur le torse et les jambes. Une balle est
encore incrustée dans le manche de mon fusil. Deux ont été
enlevées. Une reste toujours dans ma jambe droite – les
médecins n’ont pas réussi à la retirer.»
«Je ne crois pas
que le chien soit le meilleur ami de l’homme, à moins que
l’homme ne soit un chasseur. Mon père et son pote passaient
tout leur temps libre à chasser. Ils avaient réparé
un vieux Vespa, et partaient ensemble, transportant deux fusils, deux
paires de bottes, de la nourriture et des habits de rechange. Les
chiens couraient avec impatience derrière le Vespa, avides de
sang. Mais un jour le chien de mon père se mit soudainement à
boiter sur le retour de la chasse. Il prit le chien dans ses bras, le
tenant comme un bébé sur le trajet du retour, à
l’arrière du Vespa. Quand ils arrivèrent, le chien
sauta des bras de mon père, et courut à son bol de
nourriture, comme si rien ne c’était passé. Un chien
rusé.»
«C’était la
veille de Noël, et il neigeait violemment. J’étais parti
chasser le canard, et les deux que j’avais tirés tombèrent
dans la rivière, terminant leur course stoppés par le
barrage. J’enfilais donc mes bottes étanches, pour récupérer
mes proies. L’eau était tellement froide que j’avais
l’impression que mes membres se désintégraient, et que
bottes et chaussettes ne pouvaient rien changer à ça.
Alors qu’il ne me restait qu’un demi mètre à parcourir pour atteindre les canards, je réalisais que le
lit de la rivière devenait trop profond pour continuer à
pied, et que je ne pourrais pas traverser le chemin restant. Je n’ai
jamais abandonné un canard au cours de ma vie, et je n’allais
pas commencé là, alors, sans réfléchir,
j’ai plongé dans l’eau pour récupérer les
canards à la nage. C’est le pire froid que je n’ai jamais
ressenti. En revenant à pied à la maison, presque deux
kilomètres, la seule chose à laquelle j’étais en
mesure de penser était l’excuse que j’allais devoir inventer
pour ma mère. Elle se mit vraiment en colère, mais le
matin suivant nous mangions le canard de Noël.»
«Nous avons eu
beaucoup de chiens. Des setters anglais, des Braques allemands et un
Pointer anglais. Le pointer était mon favori. On l’avait
appelé Dharma, comme le tigre de Tremal-Naik, un chasseur
indien de serpent et un de mes héros littéraires favoris. Une
fois elle a eu une portée de petits que nous avons vendus, ce
que nous faisons toujours avec les chiots. Une nuit Dharma s’est enfuit de
l’enclos à chiens. Elle n’est jamais revenue»
«J’avais six ans la
première fois que j’ai tiré au fusil. Mon père
m’avait donné son Flobert calibre 9, un petit pistolet à
moineau. Quand j’ai tué ma première proie, mon père
l’a empaillé, et en a fait un trophée à mettre
au millieu des autres.»
LUCA DEASTI
More
From VICE
-

-

The Apple Watch Ultra 3, because there aren't pics of a rumored, unreleased Ultra 4 yet. – Credit: Apple -

Bruce Willis -

Nickelodeon