OK, vous connaissez combien de musiciens qui méritent vraiment le qualificatif -horriblement galvaudé et, de fait, totalement dénué de sens- de « génie » ? Réfléchissez bien. Vous verrez que ce n’est pas compliqué : il n’y en a que deux. Ennio Morricone, pour tout un tas de raisons que vous connaissez déjà et qu’on vous a rappelé il n’y a pas si longtemps. Et John Frusciante. Si vous n’avez pas suivi le parcours de celui que les gens connaissent principalement comme « l’ex-guitariste des Red Hot Chili Peppers », cette affirmation vous paraîtra sans doute un rien hâtive, voire franchement outrancière. Si vous avez écouté n’importe lequel de ses 8 premiers albums solo (je ne parle même pas du EP qu’il a enregistré avec la section rythmique de Fugazi ou de son side-project Ataxia), vous la trouverez parfaitement naturelle. Ce serait pourtant mentir de dire qu’on avait vu le coup venir.
Quand Frusciante rejoint les Red Hot Chili Peppers fin 1988, suite au décès d’Hilel Slovak, c’est un gamin de 18 ans au jeu flashy et ultra-technique, mais sans réelle personnalité. Sur Mother’s Milk, le premier album auquel il participe, le type sort l’artillerie lourde, balance la pyrotechnie, mais ne réussit à aucun moment à faire décoller l’engin, déjà sévèrement alourdi par la production XXL de Michael Beinhorn. Il faudra attendre Blood Sugar Sex Magik pour que Frusciante se révèle enfin, et son premier départ du groupe en 1992 pour qu’on comprenne à qui on a affaire exactement. Enregistré dans la foulée de Blood Sugar Sex Magik, son premier album solo Niandra Lades & Ususally Just A T-Shirt sort deux ans plus tard, en 1994, au moment ou les Red Hot Chili Peppers deviennent un groupe de stades et où Frusciante a lui, sombré, dans l’héroïne (suffisament en tout cas pour perdre les trois-quarts de ses dents et se maquer avec Milla Jovovich). Un disque féroce, inexpugnable, à la fois psychédélique et psychiatrique, sur lequel tout semble avoir été enregistré dans un état de semi-conscience et où les fulgurances s’enchaînent dans une totale anarchie.
Une formule qu’il poussera jusqu’à ses dernières limites sur son disque suivant, Smile From The Streets You Hold, enregistré lui, en plein durant sa période d’addiction au crack et à l’alcool (il a réussi à décrocher de l’héroïne en 96) et techniquement inécoutable, si l’on excepte le sublime « Height Down » sur lequel il cale une ligne de chant de son ami River Phoenix, décédé quelques années plus tôt. Pas encore totalement aux fraises, Frusciante fera retirer le disque de la vente et entrera en cure de désintox avant d’être rappelé par les Red Hot Chili Peppers, qui viennent de virer son remplaçant (Dave Navarro de Jane’s Addiction) et sont au bord de l’implosion. Frusciante rempilera pour 10 ans et 3 albums (Californication, By The Way et Stadium Arcadium) avec le groupe.
10 ans durant lesquels il va surtout enfin lancer sa carrière solo pour de bon, avec le sublime To Record Only Water For Ten Days et la B.O. de The Brown Bunny (film d’un autre de ses vieux amis, Vincent Gallo) et surtout réaliser un véritable tour de force en 2004, année durant laquelle il sortira pas moins de 7 disques (6 albums et un EP) tous fabuleux, sans exception, à commencer par Shadows Collide With People et l’irréel A Sphere In The Heart Of Silence, enregistré avec Josh Klinghoffer (qu’on a retrouvé quelques années plus tard chez Warpaint et qui joue aujourd’hui avec… les Red Hot Chili Peppers).
Si sa discographie a pris depuis quelques années une tournure pour le moins hasardeuse entre albums solos mystico-pompiers (The Empyrean ou le récent Enclosure, sorti cette année), expérimentations electro (Pbx Funicular Intaglio Zone, en 2012) et productions rap (l’excellent Medieval Chamber des Black Knights, dont on vous avait parlé il y a quelques mois), John Frusciante reste une personnalité à part, une des dernières figures résolument authentiques de la scène musicale internationale et un génie, un vrai. Un type capable de se pointer du jour au lendemain avec 8 nouveaux disques sous le bras. Un type qui n’écoute de la musique chez lui que depuis une « chaise spéciale ». Un type qui pourrait aussi bien être le dernier espoir de l’humanité. Un type qu’on devait forcément, un jour, aller interviewer.
Videos by VICE
Un sidekick ?
[Rires] Ouais, si on veut. Je me considère comme un capteur, comme quelqu’un qui croit en la force et au pouvoir de la musique, qui la considère comme une force supérieure.
C’est quoi ton album de rap préféré de ces dernières années ?
Aucun. Je n’en ai aimé aucun.
Pourquoi ça ?
J’ai toujours espéré que le hip-hop utiliserait plus de samples. J’adore quand RZA fait du rap. C’est mon producteur préféré. Les premiers albums de Dr Dre pour Eminem ont été, pour moi, l’exemple le plus ambitieux d’un artiste tentant de préserver l’essence du hip-hop, sans utiliser gratuitement des samples. Mais je dois admettre qu’en général, j’aime la musique plus ancienne. Quand quelque chose de nouveau sort, tu ne sais pas encore où ça va aller, tu sais juste d’où ça vient. Je devrais insister sur le fait que je ne fais pas de hip-hop parce que c’est le genre de musique que j’aime plus que tous les autres. Le hip-hop est tellement malléable qu’il peut absorber n’importe quel autre style de musique. Le hip-hop peut être synth-pop, classique, jazz. Tant que le beat reste dur, les mélodies peuvent taper n’importe où.
Ouais, il n’y a aucune limite.
Quand tu joues dans un groupe de rock, le chanteur agit en fonction de la musique que tu joues, et en même temps, la musique dépend du chanteur, parce que les musiciens l’écoutent, le suivent et font tout pour jouer dans les temps et pour qu’il puisse les suivre à son tour. Un groupe c’est cette combinaison étrange de gens qui tentent de s’écouter les uns les autres, avec certaines hiérarchies qui s’installent peu à peu, alors que dans le hip-hop, la musique est totalement indépendante du rappeur. Si le rappeur n’est pas dans les temps, ça n’aura pas d’influence sur la musique, le beat est immuable. Quand le rappeur arrive sur le morceau, la musique continue de suivre son propre mouvement.
Donc tu te sens plus libre en tant que producteur ?
Quand tu écris des chansons avec un chanteur, il y a tout un tas d’interactions, le chanteur a une idée de ce qu’il veut, de ce qu’il peut chanter, et il doit mémoriser tout ça. Un MC, il peut rapper sur la musique sans aucun soucis de tempo, il s’octroie des libertés que le songwriting traditionnel ne permettra jamais.
C’est vrai.
Et j’apprécie l’indépendance que j’ai vis-à-vis d’eux, parce que je crois toujours en ma vision créative. C’est vraiment fatiguant d’avoir toujours à batailler contre des gens à propos de musique. Comme je l’ai dit, la musique est un temple sacré pour moi, dans lequel il m’arrive de pénétrer, elle ne doit en aucun cas être une source de frustration, de dispute ou de violence. J’ai toujours eu à faire à ce genre de merde, donc c’est vraiment agréable de travailler avec des gens qui sont à fond avec toi. C’est une célébration. Si on fait abstraction du côté logistique et matériel, pour moi la musique est une chose très simple : une composition sonore directement produite par l’esprit et l’intelligence de l’Homme. Les conflits de personnalité n’ont pas à entrer dans la composition musicale, et donner des ordres aux gens n’est pas nécessaire pour concevoir un morceau. J’ai toujours cru que ça l’était, mais j’ai réalisé que non.

Pour Lelo Jimmy Batista, rédacteur en chef de Noisey France, c’est surtout un moyen de savoir ce que devient JB dDamage – @lelojbatista
More
From VICE
-

-

The Apple Watch Ultra 3, because there aren't pics of a rumored, unreleased Ultra 4 yet. – Credit: Apple -

Bruce Willis -

Nickelodeon