LA BIBLIOTHÈQUE DE L’INFÂME – L. FRANK BAUM

Je ne comprends pas le problème des blancs dont l’imagination est régie par la haine. Presque tout le monde était intolérant au XIXe siècle, mais on pourrait penser que les hommes à l’origine de Mickey Mouse, de la voiture et du parc d’attraction avaient assez d’imagination pour reconnaître que le génocide était une mauvaise chose. L. Frank Baum n’était pas différent des autres. Il était le rédacteur en chef du Saturday Pioneer, plateforme qu’il a utilisée pour publier des comics et lancer un appel en faveur de l’extermination des Amérindiens, ce qu’il a fait plusieurs fois.

Ses éditoriaux sont étranges. Le premier commence par une nécrologie de Sitting Bull. On dirait presque que Baum a du respect pour lui, puisqu’il le considère comme un blanc. Il écrit : « C’était un Indien avec un esprit blanc haineux et vengeur contre ceux qui l’ont trompé ». Si on tient compte du contexte, c’est assez remarquable que Baum admette la situation intolérable que les Européens ont imposée aux Amérindiens. Mais après ça, Baum déclare vouloir la mort de tous les Indiens d’Amérique, parce qu’il jugeait que Sitting Bull était le seul à avoir un « esprit », même si je n’ai pas tout à fait compris ce qu’il entendait par là. Comme n’importe quel journaliste, je suis sûr que Baum a passé beaucoup de temps avec les différentes tribus indiennes aux États-Unis à l’époque. Lors de ses nombreuses interactions avec eux, il a fini par conclure que la totalité des Indiens devaient mourir – à part Sitting Bull et son esprit, donc.

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Le deuxième article est un autre appel au génocide, qu’il a fait neuf jours avant le Massacre de Wounded Knee au cours duquel des centaines de Lakota se sont fait tuer. C’est assez contrariant, même si dans celui-ci, le message semble un peu plus subtil que « Un bon Indien est un Indien mort ». Il dit par la suite « Après les avoir détruits pendant des siècles, nous devrions nous contenter d’une dernière calomnie afin de protéger notre civilisation ». Pour les amibes comateux qui ne verraient pas où il veut en venir, le reste de la phrase va comme suit «… en boutant ces créatures intenables hors de notre planète ». L’effort qu’il lui a fallu pour reconnaître que les Amérindiens avaient été « détruits » pendant des siècles se voit rapidement effacé dans la deuxième partie de la phrase. C’est une dichotomie niquée.

L’éditorial de Wounded Knee est disponible ci-dessous, avec quelques changements mineurs :

« La politique du gouvernement a la particularité d’employer des gens faibles et instables comme le général Miles pour surveiller les Munchkins, ce qui a mené à d’énormes pertes dans nos rangs lors d’une bataille honteuse. On avait pourtant tout le temps de prendre des mesures promptes et décisives qui auraient pu empêcher ce désastre.

Le Pioneer a précédemment déclaré que notre sécurité dépendait de l’extermination totale des Munchkins. Après les avoir détruits pendant des siècles, nous devrions nous contenter d’une dernière calomnie afin de protéger notre civilisation, en boutant ces créatures intenables hors de notre planète. De cette façon, nos soldats dirigés par des gens incompétents seraient enfin en sécurité. Si nous ne le faisons pas, les années à venir seront riches en problèmes avec les Munchkins, comme il en a déjà été par le passé ».

Dix ans plus tard, Baum a écrit Le Magicien d’Oz.

Ah, l’Amérique.

SARAH ROSENSHINE

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