Le journal de bord de Chromeo

Photos: Markthecobrasnake, Drew Malamud

Chromeo est notre groupe préféré. Leur premier album est un classique electro-funk absolu et leur deuxième, qui sort cet automne, est encore meilleur. Dave, le grand juif, chante l’amour mieux que Phil Collins et les arrangements de Pee Thug enfoncent Supertramp et Fleetwood Mac réunis. En plus, ces gars sont nos amis. Dave est le rap editor de Vice depuis l’invention de l’imprimerie et Jérémie, l’éditeur de Vice en France ,vient de réaliser la pochette de leur album et le clip de « Tenderoni », leur premier single. Comme ils rentrent à peine d’une tournée mondiale de 150 dates, on leur a demandé de nous en raconter les meilleurs et les pires moments.

24 mars: Miami, Studio A

Pee:
Aujourd’hui, c’est DJ set. Je déteste ça. Je sais pas mixer. La seule raison pour laquelle on a accepté de faire la Winter Music Conference, c’est que Miami est ma ville préférée. Je veux vivre, j’ai déjà commencé les plans de déménagement. Tout est parfaitici: la température, la plage, les Cubains, les Haïtiens, plein de vieux Feujs comme les grands-parents de Dave, Fat Joe par ci, De La Soul par là, même les beaufs au bronzage orange et les meufs à faux seins énormes qui ne se touchent même pas. Il y a toujours quelque chose pour me faire sourire.

24 mai: Gothenburg, Umami Bitch

Dave:
La Suède est le seul territoire au monde où notre premier album a hyper bien marché. Genre, on se fait arrêter dans la rue par des gangsters turcs qui veulent des autographes et «Needy Girl» passe à la radio 83 fois par jour. Notre show devait avoir lieu dans une grotte mais au dernier moment, ils ont perdu la grotte. Ce qu’il faut savoir, c’est que les Suédois sont des robots. C’est le peuple le plus protocolaire et le plus organisé au monde. Quand quelque chose ne va pas, ils pètent calmement les plombs et trouvent une solution dans les dix secondes qui suivent. Donc, faute de grotte, ils ont trouvé un club trance. Ce qui était un bon choix parce qu’il y avait des lumières multicolores partout. On se serait cru dans un clip des Daft.

26 mai: Bristol, Thekla

Pee:
La soirée s’annonce mal. L’hôtel est miteux (j’ai trouvé des mégots dans mon lit et la baignoire était tellement funky que j’ai pris ma douche en chaussettes) et on s’est perdu huit fois en essayant de retrouver le Thekla Club. À notre grande surprise, c’est un bateau. Mais pas un bateau phat genre Love Boat, avec un casino et tout. Non, un petit rafiot avec une salle de spectacle aménagée dans la coque. En se préparant dans les coulisses, on commence à avoir le mal de mer! Finalement, l’acoustique était géniale dans cette coque de merde, sûrement grâce à la mousse verte qui recouvrait les murs. Bref, tout s’est bien passé. (On a même attendu la fin du show pour gerber.)



1er juin: Privamera Festival

Dave:
Ah, Barcelone! Capitale mondiale des blancs à dreads et pantalons kainfr et des jongleurs de tous ordres. C’est la seule ville du monde où tu vois une meuf qui a l’air vraiment pas mal, et tu te rends compte quelques minutes plus tard qu’elle se promène dans la rue pieds nus. Pat et moi essayons de parler en espagnol avec les mecs de la sono. Quand j’ai hurlé «mas frequencias gravas en los monidores por favor!», ils se sont tous mis à rire et on a perdu 14 minutes. On joue sur une scène énorme et avant qu’on ne s’apprête à monter, il y a exactement 3,5 personnes devant. Matthieu Disque Primeur nous fait des petits bonjours pleins de compassion. Mais, dès la fin du premier morceau, c’était blindé. Les rastas blancs ont bien aimé, je crois. Le lendemain, Pedro (Winter, ndlr) nous a dit que notre set-list ressemble à un greatest hits. Cool.

23 juin: Glastonbury Festival

Pee:
Le cauchemar. J’en ai encore des frissons. De la boue, rien que de la boue, de la boue à perte de vue. Imaginez 20 cm de crotte et aucun moyen d’y échapper. On nous donne des bottes de pluie, mais c’est bien peu pour me consoler. Je suis déjà en train de pleurer sur nos instruments complètement tachés. Je deviens fou et je force ceux qui nous aident à transporter le matos de le faire à bout de bras, pour pas que ça touche par terre. Le seul truc qui nous a fait sourire c’est qu’on a vu un mec qui portait le maillot de Borat. (Juste le maillot, rien d’autre.) À part ça, journée horrible, tous nos habits étaient tachés. Par chance, j’avais décidé de pas mettre mes Air Jordan V toutes neuves.

26 juin: Hove Festival

Dave:
Il pleut à torrents et on joue au beau milieu de la forêt. Ce qui pour nous, Canadiens, est tout à fait naturel, sauf qu’on a oublié nos visons à la maison. Encore une fois, 3,5 fans sous leur imperméable devant la scène avant qu’on commence. Et cinq minutes plus tard, des troupeaux de hobbits norvégiens débarquent, convoqués par l’esprit de la funk (j’ai bien dit «la»). C’était incroyable, une scène tout droit tirée de Braveheart. En plus, Clipse ont joué juste après nous. C’est drôle de voir des rappeurs dans les bois. Ils avaient l’air un peu nerveux, mais les hobbits ont adoré.

 

Videos by VICE

Photos: Markthecobrasnake, Drew Malamud

27 juin: Londres, Bush Hall

Dave:
Après Hove, vol à 5 h du matin jusqu’à Oslo. Vol de Olso à Copenhague. Vol de Copenhague à Londres. Pat ronfle. On atterrit à 13 h. On va faire une entrevue à la BBC.

On arrive au soundcheck. C’est notre plus grosse date à Londres. J’ouvre l’étui de ma guitare et là, désastre: ci-gît ma légendaire Flying V transparente, cassée en deux. En bons zulus, on verse un peu d’alcool par terre pour qu’elle repose en paix, puis on essaie de trouver une autre gratte. En plus, on avait fait venir tout un kit de lumières de dingue donc on devait aussi expliquer à l’éclairagiste ce qu’on voulait. Deux heures et trois hernies plus tard, c’est le meilleur show de la tournée. Salle comble, dans un magnifique hall victorien, éclairé par des tonnes de lustres. Avec nos lumières futuristes en plus, ça faisait un bel effet D’Artagnan-meets-Flashdance.

29 juin: Stockholm, Debaser

Dave:
Premier show headline à Stockholm cette fois-ci, dans une salle qu’on jugeait trop grande pour nous. En plus, il y a un gros festival ailleurs. Même DJ Mehdi, notre Billy Preston, joue dans une autre boîte. Ne me demandez pas comment on a fini par remplir tout le Debaser, c’était tout simplement providentiel. Un autre de nos shows préférés. Pas trop de meufs, par contre. Chez nous, on appelle ça une soirée saucisse.

30 juin: Bruxelles, Dirty Dancing

Pee:
Je suis hyper malade (ok je suis hyper hypocondriaque) et j’ai vraiment envie de rester au lit et de faire un peu de compta. Mais on n’a jamais le temps. On arrive dans la ville en après-midi, on dépose nos valises à l’hôtel, on va faire les balances, on revient se reposer une heure, on retourne donner notre spectacle, on rentre à 3 h du matin, on dort 4 heures puis on repart tôt le lendemain. Mais ça valait le coup, parce qu’on a fait la rencontre de Dame Pipi. C’est une vieille grand-mère qui travaille au Dirty Dancing depuis toujours (ses petites filles fréquentent l’endroit aussi), et dont le boulot consiste à chiller devant la porte des toilettes. Quand tu veux rentrer, tu dois lui dire ce que tu veux faire: numéro 1 ou numéro 2. Ensuite, selon la nature de tes envies, elle t’envoie vers la bonne salle et te demande 50 centimes si tu veux faire un numéro 2.

6 juillet: New York, Studio B

Dave:
600 pré-ventes. Dès 22 h, une file d’attente qui fait le tour de la boîte. Ils finissent par laisser rentrer 1 300 personnes. Ça fait du slam dance et du stage diving sur nos ballades. Ils connaissent déjà tous «Momma’s Boy» par cœur et la chantent a cappella avec nous. On n’a rien compris.

12 juillet: Montréal, Club 1234

Pee:
Il y avait un petit concept pour cette soirée: c’était de jouer dans une boîte généralement fréquentée par les pires des beaufs et de la remplir de branchouilles. Ce qu’on ne savait pas, c’est que le système de son a aussi été conçu pour David Guetta. Donc tous nos morceaux sonnaient comme «Call On Me». Mais c’était plein à craquer et l’ambiance était mortelle. Comme à New York, il y avait du stage diving et, no homo, une grosse queue dehors.

24 juillet: Los Angeles, Cinespace

Pee:
La fameuse soirée de Steve Aoki. Personnellement, je n’étais pas chaud pour y jouer, puisqu’on l’avait déjà faite l’an passé, mais quelque chose de magique est arrivée. Tout se déroulait bien et le concert était déjà sold-out. On commence, je regarde le public, et là, qui je vois? Yes! Paris Hilton debout sur une chaise en train de nous filmer et de chanter «Needy Girl». Mes cousins en sont très fiers. Ils ont déjà raconté à tout le monde qu’on est des amis intimes et qu’elle va venir à leur mariage. Les nouvelles se transmettent très vite chez les Libanais.

29 juillet: Fujirock Festival

Pee:
Alors là, si vous croyez que les Espagnols sont fraggles, il faut voir les Japonais à Fujirock. Ça mes amis, c’est roots. On parle toujours des sneakers exclusifs, des distributrices de sous-vêtements pour femme déjà utilisés et de la faible tolérance des nippons à l’alcool, mais for real, le Japon c’est phat pour une chose: la bouffe. On se cherchait un resto et la meuf de l’hôtel a dit qu’elle pouvait nous avoir une table au spot préféré de George Bush. Argument massue, on y va. Sauf que j’ai failli ne pas rentrer parce que j’avais un t-shirt La Coka Nostra avec une tête de mort et des guns dessus. Mais quel délice! Et attention, il ne s’agit pas de sushi, ça c’est pour les débutants. On s’est tapé un mixte complètement fou de poissons frits, de canard, de légumes marinés et de tofu. Moi qui pensais qu’il fallait être gay pour aimer le tofu. Le truc là-bas, c’est qu’il ne faut pas se demander si ce qu’on te sert, c’est animal, végétal ou si c’est des cailloux. Il faut juste se goinfrer.

5 août: Big Chill Festival

Dave:
Prenez Primavera, transposez les gens dans un gros champ, augmentez légèrement le taux de meufs à dreads, ajoutez y quelques chiens, des enfants, des sombreros géants (Pat a décidé d’en porter un), des DJs de trip-hop, et ça donne Big Chill. Pardon, ça donne notre nouveau public. Fini les jeunes myspaciens en Cheap Mondays, le nouvel uniforme de la Chromeo army, c’est les sandales Teva. Entre deux morceaux, j’ai hurlé «y’all hippies are really funky» et la foule a fondu en larmes.

Thank for your puchase!
You have successfully purchased.