Vendredi soir les The Dagons jouaient à La Flèche d’Or. Ils ont donné un concert devant une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles se trouvaient à peu près douze lesbiennes de plus de cinquante ans et un mec qui essayait de draguer une fille en lui parlant de « Ed Banger, le meilleur label électro du monde, mais si tu dois connaître, ils ont comme artistes Justice, Monsieur Flash, Miss Kittin, The Hacker et Monsieur l’Oizo ! » Ouais, Paris c’est vraiment le gouffre passé le 10 juillet, et s’il n’y avait pas Le Rade VI au Week-End ce jeudi ça ferait bien longtemps que je me serais tiré.
Vice : Alors ça s’est bien passé votre tournée en Europe ?
Drew (cithare/batterie) : Ouais, ça fait un petit moment qu’on est là, c’est la deuxième fois qu’on vient, tout se passe bien pour le moment. En plus c’est cool, on est en France pour la sortie de l’album de Carla Bruni. On compte revenir en mars, on doit terminer des morceaux pour notre prochain album, on va enregistrer à Nice.
Ah ouais donc en fait vous êtes super connectés avec les mafias politiques locales…
Drew : Ouais bah c’est pas tellement compliqué, ça marche aussi comme ça chez nous.
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Bon c’est quoi cette idée de tirer votre nom d’une nouvelle de Lovecraft ? C’est pas un peu de la littérature pour collégiens qui jouent à des jeux de rôles ?
Karie (guitare/chant) : Non mais les gens pensent tout le temps que notre nom vient de Lovecraft, alors que même si on connaissait on ne savait pas qu’il y avait tout ce culte autour de lui, ces jeux de rôles et tout. En plus il écrit mal, il fout tout le temps 42 adjectifs là où un seul suffirait.
Drew : Moi je le trouve quand même cool, mais c’est vrai que notre nom vient surtout de la mythologie. Dagon c’est un Dieu phénicien mi-homme mi-poisson. En fait on a une sorte de fascination un peu morbide pour la mer. Je fais beaucoup de rêves à propos de ça, du côté maléfique de la mer, du mystère et de l’inconnu qu’elle représente.
Ouais, j’ai entendu dire que vous vous inspiriez beaucoup de vos rêves pour écrire vos chansons…
Karie : En fait à un certain moment j’ai commencé à être fascinée par le rêve parce que je me suis rendu compte que beaucoup de mes idées me venaient à des moments où je dormais. Du coup on s’est mis à se raconter nos rêves et à travailler à partir d’eux.
Ca ressemble un peu à une psychanalyse pétée non ?
Karie : Non mais en fait c’est surtout une reprise de la méthode qu’utilisait Stevenson quand il écrivait L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde. A l’époque il savait simplement qu’il voulait écrire un roman sur la dualité de l’être humain, mais il avait du mal à savoir sous quelle forme exprimer celle-ci. Du coup il y pensait chaque soir avant d’aller se coucher et c’est lors de ses rêves que l’histoire et la plupart des métaphores lui sont venues. La journée il n’avait plus qu’à rédiger et à ajouter quelques détails au rêve qu’il avait fait.
Ok, je vois bien comment on peut se servir de ses rêves pour écrire des romans, et si je voulais faire le malin je vous parlerais même d’Arthur Schnitzler, mais j’ai un peu plus de mal à comprendre comment vous arrivez à tirer de vos rêves des éléments musicaux ?
Karie : Il y a deux choses. Soit des mots ou des images nous apparaissent, et là on trouve des thèmes ou des métaphores qu’on peut utiliser, en particulier lorsque j’écris les paroles des chansons, soit on entend de la musique dans nos rêves, des mélodies, des paroles, des gens qui chantent, par exemple on rêve qu’on entend un groupe à la radio. Là quand on se réveille on reprend ce qu’on a entendu parce que bon, même si dans le rêve ce n’était pas nous qui chantions, ça s’est passé dans notre tête donc ça nous appartient.
OK. Et donc toi Drew tu fais des rêves chelou avec des monstres marins c’est ça ? Ça doit être encore pire depuis que vous avez échappé de justesse à Katrina non ?
Drew : Ouais, j’y pense hyper souvent. En fait on avait déménagé à La Nouvelle-Orléans depuis seulement cinq mois quand l’ouragan a eu lieu. Ce qui nous avait attiré, ce n’est pas seulement que c’est un endroit super joli, mais c’est aussi que la plus grande partie de la ville est située en dessous du niveau de la mer. La veille de l’ouragan on avait réussi à obtenir des billets pour un festival qui se déroulait à Los Angeles les jours suivants. On s’est retrouvés dans le dernier avion avant Katrina. Sauvés par le rock’n’roll.
Karie : Ouais enfin bon, demain pour notre dernière date en France on est programmé dans un festival en Bretagne. Apparemment on joue sur une plage, j’espère que tout va bien se passer…
REMI WALLON
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