DORA, LA FRÉNÉSIE DU DÉSIR
Willy Rozier
Bach Films
Je ne serai pas le premier à défendre la pornographie française des années 1970 parce que ce petit côté paillard défroqué à la Dominique Paturel ne m’a jamais vraiment fait marrer et encore moins « excité », malgré ses chattes généreuses qui viennent décorer des corps superbes de femmes au visage souvent ingrat. Les deux films de Willy Rozier qui sortent chez Bach se détachent pourtant du triangle infernal Pont-Aven, lumière crade et humour gras. D’abord dans Dany la ravageuse, Sandra Julien est carrément jolie. Malheureusement le film reste une farce érotique dont l’image rappelle parfois les cartes postales ringardes qui ont fait la fortune de Jacques Faizant et l’inspiration de Frédéric Fleury. À côté de ça, Dora, déjà exploratrice, est un mélange de L’Exorciste et d’Out of Africa, précipité bleuté donnant mystérieusement naissance à un porno. Monique Vita y est moins jolie, mais le film regorge de frissons un peu dérangeants, par exemple quand, prise d’une possession pornographique, le personnage de femme frustrée ne trouve rien de mieux que de se coller une banane dans le vagin en ayant l’air d’en souffrir terriblement. Comme l’explique très bien Christophe Bier dans le livret qui accompagne le film, « Dora est un film légèrement poil à gratter qui mérite qu’on se penche sur lui ».
YANN PHALLUS-BERTRAND

LA BOUCHE DE JEAN-PIERRE
Lucile Hadzihalilovic
Badlands
Je m’apprêtais à évoquer Les Garçons de la bande, le premier film gay de William Friedkin que je préfère mille fois à Cruising – voire, dans la catégorie drame, à Torch Song Trilogy de Harvey Fierstein – lorsque j’ai découvert que La Bouche de Jean-Pierre (qui n’a rien de gay, lui) allait sortir. Ça m’a rappelé qu’il serait bien de faire un documentaire ambiance Le Nouvel Hollywood, le bouquin de Peter Biskind, sur le cinéma français des années 1990, comment il vécut, comment il est mort. Parmi toutes les pipes en qui l’on a pu fonder un vague espoir et qui se sont avérées ridicules, Lucile Hadzihalilovic y apparaîtrait comme une espèce de Simone de Beauvoir un brin casse-couilles mais pour le moins intègre et qui avait au moins le bon goût de ne pas la ramener comme tous les blaireaux qui l’entouraient. Résultat des courses, elle n’aura pas fait beaucoup de films, mais au moins, ça lui aura permis d’avoir droit à une superbe édition de son premier film presque vingt ans après sa sortie. Ce DVD est par ailleurs l’exemple typique d’une édition qui montre que 98 % des éditeurs sont des fainéants qui n’en ont rien à foutre du cinéma. Avec ce que j’imagine être pas beaucoup de thunes et une foi sans borne dans leur métier, Badlands font figure d’exemple pour tous les mecs qui se diraient : « Hé putain, on pourrait faire de l’argent en vendant de beaux objets qui sont en même temps de bons films ! » Réponse automatique de l’époque : « Non, ça va être compliqué. »
CAILLERA KNIGHTLEY
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À L’ÉPREUVE DE LA FAIM
Frédéric Exley
Monsieur Toussaint Louverture
À part avoir écrit l’un des meilleurs romans américains de la seconde moitié du XXe siècle, Le Dernier stade de la soif, Frederick Exley n’a pas branlé grand chose de sa vie. Ou plutôt il a toujours refusé de se faire publier, préférant à la place devenir fou sur le canapé de sa mère et boire des litres de vodka-Schweppes en supportant les New York Mets. C’est ce dont parle le roman susnommé et c’est ce qui constitue également le socle narratif de cette fausse suite, éditée quelques années plus tard, en 1974. Entre-temps, il avait trouvé d’autres obsessions, notamment : un critique nouvellement mort, une féministe prétentieuse et une île perdue au large de la Floride, peuplée d’Américains bronzés et de ratasses en short déjouant toutes les recettes de notre héros pour les piner, mais assez sexuellement libérées pour se faire piner quand même. Pour rien au monde je ne voudrais influencer votre décision lorsque vous vous pointerez en librairie, ni même vous conseiller un livre, puisque je considère cet acte dégradant et hautement rébarbatif, mais, en gros, refuser de lire ce truc est un bon équivalent de refuser une tasse de thé en plein hiver ou refuser de se faire sucer à tout moment – vous risqueriez de passer pour un trou de balle doublé d’un gros trou du cul. Ah, j’en profite également pour décerner un pouce levé à la cover, on dirait qu’Exley est en train de fumer une clope à travers un vagin.
EDITOR-IN-BRIEF

IN A LONELY PLACE
Michka Assayas
Le Mot et le Reste
Les trois quarts des bouquins qui compilent les articles signés par d’émérites critiques rock sont, il faut bien le dire, assez chiants. Sans doute parce que les critiques rock sont eux-mêmes assez chiants. Mais également parce qu’ils se branlent sur ce qu’ils écrivent, noyant leur copie sous des litres de leur propre semence à la recherche de la punchline qui pourra faire figurer leurs mots souillés de foutre sur un flyer parce qu’ils se sont mis à confondre critique et blurb ; au final, ces publicitaires cherchent le slogan et en oublient parfois qu’ils ne sont pas obligés de faire passer le dernier groupe un tant soit peu correct pour les génies du siècle avec force métaphores filées, comparaisons saugrenues, adjectifs en surnombre et vannes pas drôles. N’est pas Lester Bangs qui veut. Autrement dit, ces mecs sont lourds, enfin, pas tous, d’accord, mais une grande partie. Bon, voilà, je viens d’enfoncer une porte ouverte. Sachez seulement que Michka Assayas est le contraire de tout ça et qu’il a écrit des supers articles.
ALI TÉRATION
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