Luc Moullet

Photos : Maciek Pozoga

Halal Police d’État

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Barres Essai d’ouverture Genèse d’un repas à L’empire de Médor La Terre de la folie Vice : Vous étiez critique aux Cahiers du cinéma quand vous avez réalisé votre premier film en 1960, Un steak trop cuit, grâce au coup de pouce de Jean-Luc Godard. Dans Brigitte et Brigitte, votre premier long métrage sorti en 1966, vous vous interrogez sur le cinéma hollywoodien ; Samuel Fuller fait même une apparition.
Luc Moullet :
Par exemple, Jerry Lewis. C’était un peu votre dieu du ­comique, non ?
square Vous insistez souvent sur ce qui différencie les réalisateurs de la Nouvelle Vague, à savoir leur travail cinématographique, et ce qui les rapproche, leur travail critique. Mais en tant que cinéastes, un de vos dénominateurs communs c’était la farce, non ?
Paris vu par… La Muette Les Bonnes Femmes Confidences Céline et Julie Tirez sur le pianiste Dans Le Prestige de la mort, sorti en 2007, vous tuez Jean-Luc Godard. Au début, vous aviez prévu de tuer Fellini, mais il a eu le mauvais goût de disparaître avant que vous n’ayez le temps de faire votre film, donc vous avez choisi de tuer Godard qui, lui, était encore vivant, et a le sens de l’humour. Est-ce que vous ne l’avez pas tué aussi parce qu’il a arrêté d’être drôle dans ses films ?
Dans Film Socialisme ?
Prénom Carmen J’aime beaucoup votre western psychédélique avec Jean-Pierre Léaud intitulé Une aventure de Billy le Kid sorti en 1971. C’est Jean Eustache qui a fait le montage. Son film Une sale histoire, ça vous fait rire ?
Une sale histoire Cahiers du cinéma Oui, il s’est suicidé devant sa télé au début des années quatre-vingt. Au sein des Cahiers, et puis plus tard, en une cinquantaine d’années, vous avez accompli un travail critique considérable ; maintenant que vous avez derrière vous cette œuvre critique et cinématographique, est-ce que vous êtes revenu de votre cinéphilie ?
Oui, Rivette va certainement mourir dans une salle de ­cinéma. Vous continuez à aller beaucoup au cinéma ?
Et quel genre de films vous allez voir ? Du cinéma « art et essai » ?
Coûte que coûte Cris et chuchotements Scènes de la vie conjugale Little Miss Sunshine Vous avez commencé à faire du cinéma dans la ligne de la Nouvelle Vague alors que ce genre de films étaient plus ou moins voués à l’échec commercial. Est-ce que dans votre carrière vous avez cherché le succès, en tant que cinéaste ?
À bout de souffle Les Quatre Cents Coups Les Quatre Cents Coups Vous-même, vous vous êtes frotté au dur métier de producteur, avec Nathalie Granger, de Marguerite Duras. On voit d’ailleurs l’affiche dans la cuisine des protagonistes d’Anatomie d’un rapport. Pourquoi avoir produit ce film ?
Une aventure de Billy le Kid Nathalie Granger Billy le Kid Et ça a marché ? Ça vous a rapporté de l’argent ?
Vous disiez avoir eu des difficultés de diffusion pour Billy le Kid. J’avais pourtant entendu parler d’un doublage de Jean-Pierre Léaud en anglais – d’ailleurs, il aurait été volontairement mal doublé, et on l’aurait affublé d’une voix grave qui détonnait avec son physique fluet.
Tous vos films sont remplis d’humour, sauf un : Le Fantôme de Longstaff. Pourquoi avoir fait une pure tragédie ?
Le Banc de la désolation De Grey La Chambre verte Céline et Julie Le Fantôme de Longstaff Banc de la désolation Est-ce que le fait de jouer dans vos films vous a aidé à acquérir une puissance comique en tant que réalisateur ?
Un steak trop cuit Vous êtes d’ailleurs assez minimal dans la direction des acteurs.
Cahiers du cinéma Une aventure de Billy le Kid Dans Notre Alpin quotidien, un petit manuel du parfait cinéaste récemment paru aux éditions Capricci, vous livrez tout de même des conseils de direction d’acteur à l’usage des jeunes réalisateurs qui sont, au final, autant d’entourloupes.
Ah, ah.
Maintenant je voudrais vous poser des questions en votre qualité de spécialiste de l’humour drôle.
Qu’est-ce qui vous fait rire ? Vous citez souvent le stoner Pineapple Express, une production Judd Apatow.
Cloverfield Vous êtes sérieux là ?
Chérie, je me sens rajeunir L’Amour est une grande aventure Vous riez tout seul en écrivant vos propres gags ?
Vous avez vu Le Mari de la coiffeuse ? Avec Jean Rochefort qui danse sur du raï tout au long du film ? Ça me fait penser à vous qui dansez de tout votre cœur sur « Pop Corn » de Kingsley dans Ma première brasse.
Le Mari de la coiffeuse Tandem Les Barbouzes Les Tontons flingueurs Des Pissenlits par la racine Oui, avec des dialogues d’Audiard.
Et les films de Quentin Dupieux, Rubber et Steak ?
Steak Rubber Ses films s’inspirent pas mal de vous. De Buñuel bien sûr, mais de vous aussi : rien que dans ces incursions impromptues de musique électronique qui créent une atmosphère bizarre, presque menaçante. Ça, c’est une des caractéristiques de vos films, que ce soit dans Une aventure de Billy le Kid, ou, plus proche de nous, dans Les Naufragés de la D17.
Si, si, j’en suis persuadée.
Steak Un steak trop cuit L’humour contemporain marche beaucoup sur la stupidité. C’est des sketches, une succession de sketches qui appellent à l’amnésie. Vous vous sentez en phase avec cet humour-là ?
Et vous voyez des parentés entre votre comique et le ­comique belge ?
Ouais, c’est potache.
La Terre de la folie C’est arrivé près de chez vous Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, La Terre de la folie est un documentaire de 2008 qui tend à montrer qu’on trouve une proportion anormale de crimes sordides dans la région des Alpes du Sud, particulièrement dans un « pentagone de la folie » que vous avez tracé en rassemblant des faits divers. Il y a au contraire des locaux qui l’ont pris très au sérieux… J’ai lu des commentaires sur Internet qui parlaient de « préjudice incommensurable », et même de « diffamation ».
rires Vous-même êtes originaire des Alpes du Sud. Je crois que vous avez un cousin, par exemple, qui a tué trois personnes.
Finalement, ça donne envie d’aller dans les Alpes du Sud. Vous considérez que vos documentaires sur un endroit précis – que ce soit La Terre de la folie, La Cabale des oursins sur les terris du Nord-Pas-de-Calais ou Foix, sur la pire ville de France – sont des films touristiques ?
La Cabale des oursins Et vous êtes sur quoi en ce moment ?
Le Journal de Marie C’est vrai ? C’est la raison qu’ils ont invoquée pour ne pas vous filer de blé ?
Pas l’ombre d’une palombe Ça sent le vécu.
Gusella Avant le départ La Vie en bleu OK. Ça, ce sont les six en préparation.
Et quand vous faites des courts métrages, c’est uniquement motivé par le fait que c’est plus facile au niveau financier, ou c’est un format que vous aimez ?
Il y a cette idée selon laquelle les grands comiques sont déprimés. Est-ce que vous l’êtes, déprimé ?
Ça vous hante, cette peur ? Parce que je vous rassure, c’est pas le cas.
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