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Famille, honneur, crises d’angoisse et gros calibres

J’ai fait un rêve la nuit dernière. Je m’apercevais que mon nombril… pouvait se dévisser et je m’amusais justement à le faire. Mais, une fois dévissé, mon pénis est tombé. Alors là, je l’ai ramassé et je me suis mis à courir partout, avec ce truc, à la recherche de quelqu’un qui saurait comment ce machin-là fonctionne pour qu’il puisse me le remettre en place. Et alors que je l’avais dans la main, un oiseau a piqué sur moi, l’a attrapé avec son bec et s’est envolé avec. Les Soprano

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mama Vesuvio pastas specks pancetta Depuis que mon père nous a quitté c’est un saint. Quand il était vivant, il ne valait rien. Mon père était très dur. Il avait sa propre équipe et c’est ce genre de gars que ma mère a réussi à réduire à l’état de minuscule vermisseau. Au moment de sa mort, il n’était quasiment plus rien.

Le premier évanouissement survient le jour de l’anniversaire de son fils, Anthony Junior, quand Tony voit la famille de canards, qui avait élu domicile près de sa piscine, prendre son envol pour continuer sa migration vers le sud. Lors d’une séance, le patient commente, accompagné de quelques larmes, que les canards sont le symbole de sa famille et que leur départ peut être entendu comme une perte. On peut y percevoir effectivement la crainte de la perte réelle d’un membre de la famille ou de sa propre mort. Mais, on peut aussi discerner dans cet évanouissement (une façon de quitter la scène) et cette production onirique un appel phallique (le jour où est célébré le fils) que Tony Soprano ne peut véritablement tenir. L’image d’un pénis pouvant tomber, lié au nombril, au cordon maternel donc, et non semble-t-il à la lignée du père, le corrobore.

Qu’est-ce que je dois faire maintenant ?
On est des soldats, voyez-vous. Les soldats ne vont pas en enfer. C’est la guerre, les soldats tuent d’autres soldats. Toute personne impliquée connaît parfaitement les enjeux de notre milieu et quand on accepte d’en faire partie, on est obligé de faire certaines choses. […] On suit des codes, des ordres… Permettez-moi de vous dire quelque chose. Quand les États-Unis ont ouvert en grand leurs frontières et qu’ils ont fait venir les Italiens, que croyez-vous qu’ils essayaient de faire, hein ? Vous croyez qu’ils voulaient nous sauver de la pauvreté ? Nous, on est là parce qu’ils avaient besoin de nous, besoin de nous pour construire leurs villes, creuser leurs métros, les rendre encore plus riches. Ces Carnegie et autres Rockefeller avaient besoin d’ouvriers et on s’est pointés mais certains de nous ont préféré se regarder en face et garder leur identité. On a préféré rester Italiens et préserver des choses qui avaient du sens à nos yeux : l’honneur, la famille et la loyauté. Certains d’entre nous, on voulut leur part du gâteau. godfather Une fois qu’on entre dans la Famille, on n’en ressort plus. La Famille passe avant tout et avant tout le monde : avant vos femmes, vos enfants, votre père et même votre mère. C’est une question d’honneur. Que Dieu vous garde mais si vous tombez malade ou s’il vous arrive quoique ce soit et que vous ne pouvez pas assurer, on s’occupera de tout. Ça fait partie du contrat… Ça ne doit pas sortir de la Famille.
Capo di tutti capi
Cosa Nostra Rustic Cabin
Soprano
Parrain
Manish Boy un homme I Am a Man
Affranchis Lilyhammer.

On pourrait dire que le trait identificatoire volontairement marqué de phallocentrisme des mots « I am a Man » vint à s’affirmer dans le chant en accentuant la gravité du signifiant maître. Belle vendetta et riposte pour ces descendants d’esclaves, au patronyme barré ou américanisé, tout comme les Italiens, dont la langue maternelle fut bannie. D’une simplicité presque naïve, ces mots sont pourtant devenus un trait interjectif craché à la face du monde contenant l’expression d’un phallus égotiste et prometteur de savoir-faire. Les Yardbirds, Jimi Hendrix, Dr. Feelgood, les Stooges, les Rolling Stones, Tom Petty and The Heartbreakers, Black Strobe… Et les femmes ne sont pas exclues, exprimant elles aussi ouvertement leurs désirs par ce morceau, comme l’ont fait Etta James, Koko Taylor ou le groupe Dickless (voir extrait ci-dessus). Guère étonnant donc que ce savoir-faire trouve (et trouvera très certainement encore) d’autres porte-paroles d’un sexuel chanté, débarrassé de toute dette à l’encontre du père et de sa filiation symbolique.

Manuella Rebotini est psychanalyste, membre de l’Association lacanienne internationale (ALI), ancienne élève de l’École pratique des hautes études en psychopathologies (Ephep), et auteur de l’essai Totem et tambour, une petite histoire du rock’n’roll et quelques réflexions psychanalytiques , publié aux éditions Odile Jacob. Plus de psychanalyse De Depeche Mode à Johnny Cash, la figure du « Personal Jesus » Plus cool que Jésus, Dean Martin est mort un 25 décembre
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