Brian Butler est réalisateur, musicien, et occultiste. Quand il ne parcourt pas le monde avec Kenneth Anger, il habite à L.A. dans une maison devant laquelle trône un foetus de lama séché. Vous pouvez dire tout ce que vous voulez sur Anger et ses délires à la Crowley, vous ne nous empêcherez jamais de penser que ses films ont quelque chose de vraiment “magique”. Ou allez, disons au moins, “amusant”.
On a discuté avec Brian d’états de conscience altérée et de son nouveau film, Night of Pan, avec Vincent Gallo et Anger, qui a été diffusé dans le cadre des projections de Aaron Rose chez Roerts & Tilton à Los Angeles, et qui est passé à Londres samedi au Horse Hospital.
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Vice : Comment t’as rencontré Kenneth Anger ?
Brian Butler : On a des potes en commun. À cette époque, je tournais des shows pour Disinformation et je voulais entrer en contact avec Kenneth pour qu’il apparaisse dans l’émission. Un jour avant que je me barre de New York, j’ai rendu visite à un vieux pote ; et il se trouve qu’il connaissait Kenneth.
Et Vincent Gallo ?
J’ai rencontré Vincent par l’intermédiaire d’un producteur à Los Angeles. À l’époque, il devait jouer le rôle de Charles Manson. Je revenais tout juste de Portland après avoir interviewé Bobby Beausoleil, donc on a parlé de ça. On est restés en contact et on est devenus amis.
Est-ce que tu as bossé avec Vincent sur d’autres trucs ?
Pas officiellement. On a bossé sur des sons ensemble, et j’étais avec lui quand il tournait Brown Bunny. Night of Pan, c’est notre première collaboration officielle.
“Night of Pan”, ça fait référence à un état d’illumination mystique, décrit par Aleister Crowley. Je sais qu’Anger est fan à-la-vie-à-la-mort de Crowley et de l’Ordo Templi Orientis. Et toi, comment t’es entré dans ce délire ?
J’ai senti qu’il avait une certaine présence, un espèce de magnétisme se dégage des photos de lui. Comment ses livres ont été publiés – surtout Magick in Theory and Practice – , l’agencement, et la façon qu’il a de parler de magie est vraiment méga puissante… J’ai senti que je pouvais entrer en connexion avec cette énergie. Il a été une légende toute sa vie durant.
Est-ce que tu dirais qu’Aleister Crowley vous réuni, toi, Kenneth Anger et Vincent Gallo ?
Oui, complètement. On avait tous un intérêt pour l’occulte, donc il y a eu d’emblée cette compréhension entre nous sur le plateau, qui a permis aux choses de couler de source. Ils tenaient le truc. Ils sont entrés dans le personnage. Vincent a été impressionnant. Tout a été tourné en une prise. Il partait avec le personnage et revenait avec dans la tête tout l’univers qui lui correspondait. Vincent se transformait complètement. Il était assis là, et dès que les caméras commençaient à tourner, un truc se passait. C’est un bon exemple pour illustrer à quel point tu peux modifier la conscience des gens autour de toi. Quand une performance est intense, c’est comme une hypnose. Tu arrives à un certain état d’esprit et ta présence amène les gens autour de toi à te suivre.
Est-ce que le film est foutu de façon à emmener les spectateurs dans le même univers ?
C’est un des objectifs, et ça marche à un certain niveau pas forcément apparent au premier abord, pour le spectateur. J’ai montré le film en privé à plusieurs personnes, et elles ont expérimenté plus tard des choses étranges, qu’elles relient au film. Par exemple, une amie à moi, qui tient une grande galerie à Los Angeles, elle l’a vu et quelques jours après elle m’a dit “tous ces trucs occultes, ça me fait péter un câble. Je ne peux pas te parler”. Et elle ne m’a plus parlé pendant plusieurs mois. Il y a quelques temps, on s’est recontactés, et elle m’a raconté qu’en rentrant chez elle ce soir là, elle a vu un mille-pattes géant sur son mur. Elle s’est expliqué ça par le fait d’avoir visionné le film. Pour moi, cette histoire semblait tout droit sortie du Festin Nu, ou un truc du genre. Le film est fait pour modifier ta perception des choses. En un sens, c’est comme une formule magique, je pense.
Est-ce qu’il y a d’autres films, selon toi, qui font le même effet ?
Ouais, y’en a quelques uns. La version originale de Faust, Die Nibelunger de Fritz Lang, les travaux de Harry Smith, et Kenneth Anger, bien évidemment. Ces films créent des atmosphères très lourdes.
Que réponds-tu aux critiques de base des gens contre l’occulte ? Tu sais, genre “ce type est cinglé”, “tissu d’absurdités !”, ce genre de trucs ?
L’occulte est défini comme les hautes sphères de l’esprit. Ce sont des trucs qui peuvent ne pas être compris d’un point de vue scientifique, aujourd’hui. C’est une sorte d’intuition, un truc avec tes instincts, une interprétation à différents niveaux, une façon d’appréhender le monde. Une grosse partie de mon travail entretient un rapport avec un degré caché de l’esprit, ça n’a pas grand chose à avoir avec l’ego ou la personnalité, il s’agit plutôt d’un niveau symbolique et subconscient. Le gars qui vivait dans la maison dans laquelle on a tourné Night of Pan a vécu des trucs étranges, qu’il relie au film. Jusqu’à ce qu’on termine le tournage, un dibbouk, ce démon qui apparaît sous une forme humaine, n’a pas arrêté de se manifester dans sa vie. Il a été à La Paz sur le marché de la sorcellerie, et m’a ramené un foetus de lama, censé me protéger de ces trucs en lien avec le film.
Cool ! Qu’est-ce que t’en as fait ?
Je l’ai mis devant ma porte pour protéger ma maison.
Est-ce que le truc est fixé comme une mezouza ? Ou tu gardes ça dans un petit sachet ?
C’est petit, c’est juste un petit truc. On dirait un hippocampe, avec un fil dessus. C’est juste à côté de ma porte, sous un auvent.
MARGO FORTUNY
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