Maud Geffray continue à explorer l’adolescence sur le sublime « Polaar »

Comme souvent chez Maud Geffray, tout n’était au départ qu’une composition pour l’image. Une mise en retrait, une mise au service de, qui s’est retournée en sa faveur. En l’occurrence, l’accouchement de son premier vrai album solo, deux après la BO du film 1994. Le cinéma, c’est ce qui agite Scratch Massive depuis que son autre moitié, Sébastien Chenut, s’est exilé à Los Angeles auprès de sa douce Zoe Cassavetes, dont le duo a signé la BO des films Broken English et Day Out of Days. Si la cinéaste américaine explore les traquas (= gentils petits tracas des trentenaires et quadras occidentaux), Maud Geffray reste fascinée par l’adolescence. La sienne, elle l’a bazardée dans 1994 avec les images d’une rave à Carnac l’année de ses 18 ans. Celle des autres, elle y plonge dans Kaamos, court-métrage réalisé par Jamie Harley, clippeur anglais que Paris a pris dans ses bras. « Kaamos », c’est le terme finlandais pour désigner ce phénomène flippant de nuit permanente qui plombe l’hiver en Laponie. C’est à Rovaniemi, ville natale du Père Noël, que les deux sont allés capter des ados pour un film dont elle a composé la musique. De là, elle a tiré ce véritable album totalement délesté des images pour vivre libre et nu. Enfin nu, pas trop, car il y règne un froid glacial. Polaire, comme son nom l’indique. De même que l’adolescence hante Maud, la musique des années 1980 revient par la fenêtre quand les années 2000 avaient tenté de les virer par la porte. Après avoir repris « Three Imaginary Boys » avec Scratch Massive, voilà qu’elle se taille son propre costard The Cure taille 1979 avec le superbe « Standing By My Door », titre qui sonne comme une contraction de Standing on The Beach et The Head On The Door.

C’est pas nous qui lui en voudrons, c’est aussi notre période préférée de Robert Smith et ses corbeaux. Quant au single « Polaar », on jurerait Gary Numan sous tranxène cuvée « Are Friends Electric? » introduit par les violons de « Bittersweet Symphony ». Sans s’avouer chanteuse, elle réalise pourtant un album techno-pop électro-cold singulier et personnel plus réjouissant que la moyenne des stagiaires en charge des photocopies des playlists France Gall et Desireless. Avec Flavien Berger en guest sur le titre « In Your Eyes », comme une preuve, s’il en fallait une, de l’esprit de famille qu’elle a trouvé au sein du label Pan European. Au bout de la nuit, la lumière. Comme quoi, il suffisait de croire au Père Noël.

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