

TREVOR JACKSON
GONJASUFI
Videos by VICE




LIL’B
DIRTY THREE

EVIAN CHRIST
Kings and Them
Tri Angle Records
En ces temps mouvants, où chaque idée est appelée à disparaître et où chaque génération chie sur la précédente au nom de la jeunesse à jamais victorieuse, ça fait du bien de voir que quelques petits architectes du quotidien s’évertuent à faire perdurer la musique de vieux. Là c’est un type, visiblement amateur de ghetto-music et de territoires soniques éthérés, qui a fait sienne la devise d’envoyer chier tous les gens avec qui il avait des goûts en commun. Le résultat ressemble à un gribouillage d’enfant ou à de la musique d’ascenseur fécondée par des sons juke, et c’est typiquement le genre de bonne non-idée qui me donne envie de sourire et de fumer un joint chez Étienne après son émission radio.
KELLY SLAUGHTER
DIE ANTWOORDTen$ion
ZEF Recordz
C’est ça le groupe qui a sorti un clip avec un MC atteint de la progeria entouré de white trash maigrichons qui a buzzé à fond pendant un moment, me contraignant à « hide story » plus d’une fois ? Désolé de me donner des airs de pas y toucher, mais pendant très longtemps je les confondais avec Das Racist, qui lui fait des trucs plutôt cool, non ? Enfin je crois, parce que j’y connais rien en rap, mais c’est le cas des mecs qui écoutent Die Antwoord, non ? Je voulais juste voir ce qui se passait dans la rubrique « rap » des reviews parce que ça fait quatre ans que je traîne du côté des guitares et des trucs weird et on commence tous à ramasser par là-bas.
JULIEN CRACK
White Flame
Self-Released
Ça faisait quelques mois que Lil’ B s’enfonçait de plus en plus dans des états d’abstraction franchement inquiétants pour un jeune homme auto-proclamé « normal^^ » mais ça n’a plus l’air d’être un problème dans la mesure où il semble avoir franchi fièrement la barrière séparant le bien, le mal et le con. Quand il ne se met pas dans la peau d’une fille, il rappe off-beat des conneries à propos de son persona Fabio sur des prods d’inspiration No Limit 1999 qui évoquent avec toujours autant de précision le frisson d’avant la fin du monde. D’autres fois, il fait des morceaux où il parle de prendre des vacances. En gros, un EP solide si l’on vire les 3/4 de la tape de son iTunes, ce que j’ai fait.
504 BOY
SPACEGHOST- PURRP
God of Black, Vol.1
Raider Klan Records
Probablement l’entité satanique la plus sérieuse à avoir foulé ce côté de l’an 2000, SpaceGhostPurrp continue son bonhomme de chemin dans les limbes de la noirceur infinie et des mots orthographiés en hiéroglyphes Internet. Comme il a décidé d’humilier l’intégralité de ses concurrents potentiels, il s’essaie désormais à des imitations parfaites de MC Eiht période Compton’s Most Wanted. Bref, il continue son bonhomme de chemin de bonhomme en produisant la musique la plus fainéante de l’univers et la plus susceptible de tuer un homme de sang froid.
JIMMY MORE HELL

WALSH
Back 2 the High Life
AMDiscs/Dracula Horse
J’apporte mon soutien absolu à ce type probablement étudiant qui n’a visiblement pas l’ambition de tenir le moindre discours et préfère se contenter de faire de la musique sur laquelle sa petite copine probablement étudiante pourra danser à loisir, et j’en profite pour saluer le classicisme narratif de ses morceaux tout en sincérité digitale qui montrent qu’une lecture attentive de Balzac et un regard débarrassé de ses préjugés sur la peinture académique peuvent participer plus activement qu’on ne l’imaginerait à la réhabilitation de cette notion trop souvent décriée, le groove.
LE MASQUE ET CE PIPE
TREVOR JACKSON
presents Metal Dance – Industria/Post Punk/EMB : Classics & Rarities ’80-’88
Strut
Le titre dit tout. Ce qui est moins évident sur le papier – parce qu’après tout, des compiles EBM-coldwave-etc. à chier il y en a, et on les connaît –, c’est que ça défonce. Tous les morceaux sont bien, ça donne envie de tracer sur YouTube et dans des bars et de boire une bière du mercredi soir avec les vieux de la rédaction. Les deux disques naviguent en permanence entre le Palace, la scène qui ramasse à fond dans Tchao Pantin avec Agnès Soral en punkette et qui se déroule je crois au Gibus, et un distributeur de seringues situé sous le métro aérien entre Jaurès et Crimée, près de Félix Potin et sous une affiche de campagne de Michel Rocard. Foutez-moi ça en best album les gens d’en haut.
MARCO POLIO
GONJASUFI
MU.ZZ.LE
Warp
Un marécage d’affects allant du beurre rance à la courgette ramollie d’être restée trop longtemps au fond du frigo, une personnalité de doux-dingue basané/clochard céleste qui lui garantit l’amour éternel d’un public spécifiquement français, un mépris général des élans physiques générés par la bonne musique, c’est à peu près le programme de ce disque d’une nullité même pas drôle.
INSPECTEUR MENU
Johnny D presents Disco Jamms Bbe
Le mec du label de disco house new-yorkais Henry Street a réalisé cette compilation en réunissant les morceaux l’ayant poussé à monter ce truc dans les années 1990, et comment vous dire, je n’y peux rien, je ne sais pas si c’est une question de lexique ou de syntaxe, de rubis ou d’acajou, mais la musique de club produite à New York entre la fin des années 1970 et le début des années 1980 ne me décevra jamais. Il y a un truc amoureux là-dedans qui fait qu’on retombe à chaque fois dans le panneau, ce mélange de sincérité hystérique et d’orchestrations over the top, de message universel et de jouissance privée, ça devrait être obligatoire pour les gens chez qui le Zoloft n’a pas marché.
POSITIF !
SUMMER TWINSS/T
Burger Records
Merci d’être là pour rappeler à ces connards avec leurs voyages picaresques et leurs flots ininterrompus de projets que l’été c’est avant tout une carrière à la préfecture de Papeete, une version longue de « Tonight You Belong to Me » par Steve Martin dans The Jerk, et une absence de nouveauté perfectionnée par la répétition inlassable de petits bonheurs bêtes.
MARLON BRANDÃO
Onwards to the Wall
Dead Oceans
Ce qu’il y a de pratique quand on fait de la musique violente pour jeunes gens timides c’est qu’en cas de besoin on peut tranquillement glisser un EP chiant dans sa discographie et compter sur les blogs pour continuer à n’y entendre que des torrents boueux de guitares écorchées vives par un train rouillé lancé à pleine vitesse contre le mur du son.
EDGAR ALLAN HOE
Attitudes EP
Evil Weevil Records
Si les paroles de cet EP vengeur n’étaient pas foulées par des milliards de paires de Vans Sk8-Hi et noyées sous des torrents de boue fétide, je suis sûr que je serais d’accord avec ces mecs. Mais comme ils ont à peu près autant envie que moi d’enseigner des trucs, ils préfèrent crypter toutes leurs intentions avec des cris, des guitares et du shit. Fair enough.
WAKA FLOCKA LAME

POP. 1280
The Horror
Sacred Bones
Ouuuh, voilà les mecs du rock méchant. Ceux qui transigent si peu qu’ils finissent par s’isoler dans les arcanes les moins attirants de la masculinité où ils référencent des livres dystopiques en convulsant leurs bras veineux sur des instruments métalliques. Pourtant, si moi-même je ne transigeais pas sur l’objectivité, j’avouerais que c’est écoutable même pour les gens qui ont des sentiments tant que ces sentiments incluent la colère ; après tout, je sais apprécier une prise de position antihumaniste quand elle est appuyée par une bonne collection des meilleurs bruits de guitare, dont les fameux « bruit du moteur de sous-marin » et « bruit genre Cronenberg ». Donc quand vous en aurez assez de faire des concessions et de convertir vos frustrations en tumeurs malignes, cessez de transiger deux minutes, cassez un objet et écoutez ce disque.
JOE DASEIN
Young & Old
Fat Possum
Tendre, délicieux, fait avec amour et beaucoup de goût, parfois surprenant, toujours très bien produit : simplement bon. Rien à dire, ils valent le détour les burgers gourmets et gourmands du Camion Qui Fume. Bon, c’est un peu cher et il y a plus d’une heure d’attente… mais that’s Paris for you! Heureusement, J-5 avant New York !
ORSON WELP
Something
Young Turks
Ça fait un moment que j’ai pas suivi l’actualité des vrillées, mais il a dû se passer un truc, parce qu’il semblerait qu’elles n’en aient plus rien à foutre de nous prendre en otage dans des conversations interminables sur la construction sociale de l’identité. Apparemment, elles préfèrent désormais se filmer en train de réaliser des chorégraphies épico-castratrices dans des combinaisons intégrales en Lycra (le fameux « DIY ») et il suffit qu’on vienne mettre des like complices à leur vidéo pour faire leur bonheur – qu’elles se mettent même à appeler leur épanouissement. Tout ça me va parfaitement, mais je suis quand même un peu déçu, j’espérais vraiment qu’elles finiraient par venir à bout de leur projet millénaire consistant à contraindre l’humanité entière à lire les œuvres complètes d’Anaïs Nin.
SLAVOJ ZIZOU
Towards the Low Sun
Bella Union
Quelques ballades agréables comme une balade, mais les morceaux qui coulent le folk dans une grande marmite de rock psyché relevé au prog me foutent hors de moi. J’ai l’impression d’être l’un de ces types qui ont engueulé Bob Dylan au Newport Folk Festival de 1965 quand le songwriter à gros nez s’est pointé avec une guitare électrique sur scène. Arrêtez de croire que le folk est une culture d’ouverture alors que c’est de la terre et des morts, un plébiscite de tous les jours et ce qui reste quand on n’a plus rien. L’écoute prolongée de l’album d’Iceage faisait de moi un fasciste en puissance et je m’en accommodais fort bien. Cet album fait de moi un baby-boomer au seuil d’une râlerie insignifiante, et c’est ce qui me restait d’ego qui s’évanouit comme une aspirine de haine effervescente dans un grand verre d’indifférence.
MARCO POLIO
Improvisations
Thrill Jockey
J’adorais Zomes quand il faisait des balades mélancolikes chantées par une Atari, mais là ces vaguelettes de synthés qui viennent paresseusement lécher les côtes de l’ennui m’ont laissé si interdit que j’ai dû mobiliser l’expertise atonale de ma sœur qui fait de l’ethnomusicologie pour qu’elle me dise si c’est plutôt un voyage au centre de soi-même ou plutôt à chier. Comme elle ne répond pas, je pense qu’elle est soit tombée en catalepsie pendant le morceau n°2 intitulé « N°2 », soit qu’elle est à présent convaincue que j’écoute de la merde. Super, VICE.
DENNIS WHOPPER
S/T
Merge
Ces diplômés sensibles qui se prennent pour Heavenly et Look Blue Go Purple avaient tout pour me plaire jusqu’au moment où je me suis rendu compte que si je continuais à les suivre, j’allais pas tarder à me retrouver à parler de Nabokov autour d’un bagel alors que j’avais prévu depuis longtemps de faire la sieste en pensant à une poule au pot.
ROBERTO BÉNINOIS
Blues Funeral
4AD
Déjà ça commençait mal, parce que je déteste la figure de l’écorché vif à la voix rauque censée évoquer une sagesse désabusée acquise au cours de traversées chaotiques des États-Unis. Mais en plus, en fait de plaines poussiéreuses et de canyons stéréotypiques, tout ce à quoi ce disque m’a fait penser, c’est à une divinité vengeresse qui pour frapper l’imagination des mortels et leur offrir une image édifiante de sa toute-puissance m’aurait arbitrairement enfermé dans une pièce sans fenêtre où elle m’aurait condamné à regarder le film Coffee and Cigarettes en boucle jusqu’à la fin de ma vie. Trop bien, comme si j’étais pas déjà suffisamment angoissé comme ça pour avoir besoin qu’en plus un baroudeur quinquagénaire et sentencieux vienne me pousser à faire un pas supplémentaire en direction de l’Église catholique.
DJIBRIL CIRCÉ
Strange Weekend
Secretly Canadian
Oh, Mauro. J’aurais voulu t’aimer. Tu aurais juste pu être ce Romain au milieu du chemin de sa vie, au visage dont la beauté à l’ancienne fait fondre mon petit cœur qui se prenait déjà à imaginer des après-midi au ralenti autour d’une pizza fine dans les vieux paysages de la côte amalfitaine. Mais non, il fallait que t’écoutes Bradford Cox, que t’ailles vivre « entre Londres et New York » et que tu te piques de composer de la bedroom pop alors que les seuls sons qui traversent cette bedroom sont de toute évidence les sanglots d’une moule en position fœtale dans un lit clic-clac froid flanqué d’une table de chevet sur laquelle traînent un bol de soupe à l’eau et un paquet de mouchoirs. C’était bien la peine de ne pas vouloir être un mec normal.
UNE FILLE :'(
Mr M.
Merge
Je suis assez sensible à ces groupes américains qui aiment vachement tenir des discours sur la notion de tradition, parce qu’ils satisfont assez mes penchants réactionnaires : pour eux, la tradition n’est pas une entité abstraite et surplombante qui s’impose aux hommes mais une forme concrète qui les accompagne au quotidien et qui renouvelle dans leurs gestes les plus courants un passé fondateur et chargé de sens. Et pourtant, depuis des années, le doute subsiste : peut-on décemment faire confiance à ces groupes chez qui la tradition finit systématiquement par s’incarner sous la forme d’une contrebasse ? Tant que nul Œdipe n’aura percé le mystère de cette ultime Sphinge, les forces somnolentes du progressisme pourront garder l’espoir de me voir demeurer dans leur giron ramolli.
HUBERT MENSCH
Some Nights
Fueled by Ramen
Le premier extrait de cet album ressemblait à la bande-son du jour où Elton John était descendu sur Terre pour déclarer ouvertes les années 1970 ; on aurait dit une fanfare avec des trompettistes, des tambourins africains et les mecs de Supertramp en train de draguer lourdement le groupe Toto. Bref, il s’en est fallu de peu pour que je passe le restant de mes jours torse nu jusqu’à ce que l’excitation tombe et dégénère en un sentiment de culpabilité atroce où tout est devenu terne, gris et où tous les visages se sont mis à ressembler à Stevie Wonder période « Part-Time Lover ». C’est à ce moment que j’ai compris que toute célébration entraînait un come-down, que tout cycle aboutissait à une fin et que toute chose se terminait en années 1980.
THOUSAND YARD STEROÏD
Nautical Clamor
Planet Mu
Énième pierre apportée au vaste édifice de la musique nautique, cet album ne saurait certainement pas être écouté dans un open space ou dans le métro, et ne prend tout son sens qu’à bord d’un autocar en route pour la plage de Tola, un peu au-dessus d’Ajaccio pour prendre le bateau au lever du soleil jusqu’à la réserve de Scandola en passant par les calanques de Piana. Ce faisant, on évitera d’être agacé par la non-voix pleine de reverb et la relative pauvreté de la palette d’émotions proposée par ce jeune artiste britannique, et on se laissera envoûter par la tendresse fébrile qu’il fait palpiter tout au long de son disque, une sorte de version blanche, anglaise et sexuellement peu rodée de The Internet.
BRANDADE & MONICA
TRUST
TRST
Arts and Crafts
Pour le coup, ce disque présente un vrai problème de grammaire sonore mais il est déjà assez relou à écouter comme ça, je ne vais pas me cogner un exercice encore plus relou en vous expliquant pourquoi – juste, ça relève de ce que les profs de français appellent « l’impropriété ». Bref, mes goûts ont beau avoir pas mal évolué au fil des années, ce genre de projet de pop ironique à gros son et textes prétendument obliques m’a toujours fait super mal au crâne, et je crois pouvoir dire que je n’ai jamais eu grand-chose de sympathique à échanger avec les stylistes déprimants qui appréciaient cette parodie de musique.
ÉTIENNE MINOU
Visions
4AD
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