Music Reviews

KAARIS

LORDE

Videos by VICE

FUZZ

HYPO & EDH


CHIEF KEEF
Almighty So

Glory Boyz Ent.

Les morceaux de Chief Keef ressemblent de moins en moins à du rap et de plus en plus à des plages instrumentales ponctuées de grognements, de plaintes et de gargarismes. C’est très bien. Si les puristes rap s’intéressaient un peu plus au rap, ils auraient une nouvelle raison d’être indignés par cette nouvelle manifestation d’anti-skills. Au lieu de ça, ils continuent de râler sur Lil Wayne. Ils continuent aussi d’écouter des trucs random, type Wiz Khalifa. C’est OK, on n’est pas là pour juger. En revanche, on est là pour dire qu’on est très heureux que cette musique existe pour provoquer votre mécontentement ; en 2013, vous ne trouverez pas sur le marché un truc plus éloigné de Illmatic que cette tape.

JIMMY MORE HELL

KAARIS
Or Noir
Therapy Music
DELTRON 3030
Event II
Universal

Je n’aimais déjà pas ce que faisaient ces mecs en 2000 et ça n’a pas du tout changé depuis, si ce n’est qu’avec le temps les défauts me semblent plus identifiables. Je ne m’attarderai pas sur l’aspect ambitieux, surchargé, « album-monde » de tout le truc car finalement d’autres gens font ça encore moins bien. Ce qui est vraiment irritant c’est ce délire de hip-hop qui ouvre ses portes alors qu’il s’agit en fait d’un simple album à invités, avec un son rock éclectique et high-tech et un rappeur doué mais chiant dessus. Bref on attend tout ça en playlist sur France Inter et dans la chronique de Matthieu Conquet le matin sur France Culture.

LARRY LES VANNES

PUSHA T
My Name Is My Name
Def Jam


ONEOHTRIX POINT NEVER
R Plus Seven
Warp

Un salon patiné, une archaïque chaîne stéréo et une poignée d’albums en vinyle, vieux ou récents, proposant une musique chaleureuse et peu intense sur le plan rythmique : c’est ainsi qu’il semblerait préférable d’écouter aujourd’hui de la musique en soirée, surtout lorsqu’on souhaite prendre ses distances avec la boisson. Le nouveau disque d’OPN est son meilleur et il figure par ailleurs déjà au catalogue de cette discothèque spéciale « j’arrête l’alcool ». C’est beau sans trop que ça se voie, de façon à ce qu’on ait l’impression d’écouter une démo secrètement sublime de sound design produite pour un centre de formation de la banlieue de Denver.

DENVER EST CONTRE TOUT !


JEROME DERRADJI
Bang the Box!
Still Music

Quand on entre en club aujourd’hui, on a du mal à s’imaginer que ça a pu être bien un jour. Pourtant il y a 25 ans, quand des Noirs homosexuels copulaient mentalement (et parfois même, physiquement) avec des Noirs hétérosexuels, des Portoricaines en salopette et des rates blanches à cheveux bleachés, ça a donné lieu à la meilleure scène musicale de l’histoire – la house de Chicago. Ça a aussi donné lieu à plusieurs transmissions de MST, quelques meurtres et des dizaines de millions de dollars générés par la vente de taz. Aujourd’hui, le label Still Music sort ces morceaux inédits du producteur Matt Warren produits entre 1987 et 1988 et c’est tellement réussi que ça me donnerait presque envie d’avoir le sida.

KELLY SLAUGHTER


CUT COPY
Free Your Mind
Modular

Hartley cœurs à vif 
CULTURE ABUSE
The Day Dreams of Nothing
Culture Abuse
JESU
Every Day I Get Closer to the Light from Wich I Came Avalanche

Si je fais le bilan, il n’y a guère que deux trucs qui m’ont réellement surpris ces vingt dernières années : ce type qui est venu s’asseoir un matin à côté de moi en TD de serbo-croate et qui, lorsque je lui ai demandé s’il avait fait les exercices du cours de la veille, m’a répondu : « écoute, je ne suis pas venu ici pour me faire des amis, mais pour trouver des étudiants diplômés prêts à me péter dessus pour de l’argent », et ce disque de Culture Abuse qui se résume techniquement à un croisement entre les morceaux les plus accessibles des Melvins et les trucs de clodo d’Eric Gaffney dans Sebadoh, mais joués par Catholic Spray sur le matos de Metz.

JUSTIN BIEBERTIGNAC

Année après année, cette fièvre qui te guide irrésistiblement vers les brocantes et les vide-greniers du monde libre dans l’espoir d’y trouver un authentique fléau d’armes du XIe siècle grandit dans ton cœur de jeune adulte, bien que tu saches pertinemment que tu n’y trouveras, comme d’habitude, rien, à part des verres sales et des biographies de Michel Fugain. Pourtant tu continues, car c’est ton lot, ta souffrance. Un jour peut-être, viendra le moment où tu comprendras qu’il est inutile de s’accrocher et où tu laisseras tomber toute cette merde, comme tu l’as fait avec l’huile de palme, ton engagement politique et la discographie de Justin Broadrick.

SALT N’ PAYPAL

COKE BUST
Confined
Grave Mistake
PAINK
French Punk Anthems 1977-1982
Born Bad Records

Comme pour rattraper la montée du Front national, l’interventionnisme syrien et le dernier album de Daft Punk, cet album hyper bien me donne envie de faire plein de trucs insignifiants pour marquer mon appartenance à ce pays d’éternels râleurs qu’est la France : dire du mal de mon patron, soupirer très bruyamment dans les transports en commun ou shooter dans une canette vide.

MARTIN LAMOTTE-PICQUET-GRENELLE

FUZZ
Fuzz
In the Red


YUCK
Glow and Behold
Fat Possum

Il paraît que le scénario d’un crossover circule à Hollywood depuis plusieurs années et que, malgré le fait que tout le monde soit sûr que ce film sera un succès, personne n’a encore eu les couilles de le réaliser. Ça raconterait l’histoire d’un jeune Américain un peu paumé qui aurait trouvé refuge loin du monde, vivrait en harmonie avec la nature, mais que tout le monde croirait mort. On apprendrait que, si son corps putréfié avait bien été retrouvé par des chasseurs d’élans au fond d’un duvet moisi, son âme elle, vivait toujours : elle aurait trouvé sa place dans la dépouille d’un ours décédé exactement au même instant. Les studios se divisent sur le fait de savoir si ce film devrait être un film d’animation ou non, et s’il est sérieux d’en confier la réalisation à Sean Penn, mais certains points font déjà consensus : Yuck signerait la B.O., tout le monde aurait envie d’aller le voir et il s’appellerait Into the Wild 2 : Frère des ours 3.

PHILIPPE DÉSCOLARISÉ

BLITZER TRAPPER
VII
Vagrant

Quand j’ai commencé à faire écouter VII à des potes, on m’a demandé si c’était Yodélice. J’ai failli me mettre à rire, puis je me suis rendu compte qu’effectivement, on pouvait penser qu’il s’agissait du nouvel album de Yodélice. J’ai traversé la pièce d’un pas nonchalant et malgré les gouttes de sueur qui commençaient à perler sur mon front, j’ai réussi à faire illusion assez longtemps (soit presque l’intégralité du premier morceau) pour me rapprocher de la chaîne et changer d’album, le tout dans un subtil cocktail d’urgence et de maîtrise de moi qui m’a fait penser qu’après tout, j’aurais pu tenter ma chance et devenir ambassadrice. Mais puisque ce n’est pas le cas, autant aller droit au but : c’est un peu pourri.

CAROLE BOUQUAQUET

PREFAB SPROUT
Crimson/Red
Icebreaker

J’envie les gens qui n’ont pas encore découvert Prefab Sprout, leur son pop FM ambigu – qui relèverait de la variété internationale sans ses versants prog –, la sincérité camp de leur musique et de leurs paroles, la voix impudique mais réconfortante de leur chanteur et leader Paddy McAloon, dont les derniers travaux remontent à un disque solo quasi instrumental complètement dingue, sorti en 2003. Crimson/Red n’est pas le sommet de leur carrière mais on s’en fout, en 2013 c’est toujours mieux d’écouter un truc aussi senti que de se demander si le dernier MGMT est pas si mal que ça.

CROÛTE RAUQUE


LORDE
Pure Heroine
Universal

Gai Savoir
DR. DOG
B-Room
Anti-

Le seul truc qui puisse, à cet instant très précis, incarner la chute de la civilisation occidentale de manière plus claire et probante que ce disque – qui sonne comme un tribute emo-swing au groupe Cake – c’est le métro parisien entre 14 heures et 16 heures, quand il est à peu près vide et que vous imaginez que vous allez faire un trajet à peu près tranquille mais que vous réalisez soudainement qu’il y a en face de vous un type avec les cheveux coloriés au marqueur en train de s’aplatir les couilles du plat de la main, un sosie de Sting en plus musclé qui porte des écouteurs sans rien au bout et un bonhomme tout en laine qui a une sonnerie jazz sur son portable. UNE SONNERIE JAZZ.

MARIE-FRANCE CUL BAD ASS

HAIM
Days Are Gone
Polidor

Je dois reconnaître que, pendant une bonne partie de l’année qui vient de s’écouler, le remix de « Falling » (le morceau qui ouvre cet album) par Duke Dumont a figuré dans l’une de mes playlists secrètes, avec « Greatest Moments » de Jessie Ware. Un jour, quelqu’un a tenté de me remettre dans le droit chemin en me montrant le clip de ce même morceau, qui est une version certes antérieure mais ratée du « Roar » de Katy Perry. Malgré cela, j’imagine que les gens qui classent leur musique par catégorie mettraient Days are Gone dans la case « Musique sympatoche », à moins qu’il ne finisse dans « Pour choper les copines de ma petite sœur » ou dans « Albums qu’on peut écouter en travaillant sans être distrait ». En tout cas, il ne finira sans doute jamais dans la pile « <3 Groupe préféré <3 ». Se pose donc la question : est-ce que ça sert à quelque chose de faire de la musique lorsqu’on n’est le groupe préféré de personne ? Oui.

SMAÏHM

BLACK HEARTED BROTHER
Stars Are Our Home
Sonic Cathedral

Un disque peut-il être sauvé lorsque deux morceaux sur trois sont pourris ? La réponse est : peut-être. Disons que c’est OK s’il est question d’un excellent morceau sur trois, ou genre, d’un tube pour deux morceaux moyens. Là, non ; il s’agirait plutôt d’un sous-Slowdive pour six morceaux de Sigur Ros gangbangés par Spaceman 3. De plus, selon l’opération (crédibilité + fringues + nom de groupe + pochette) x [musique] x [photos de presse], Black Hearted Brother atteint péniblement le ratio de 4,7. À titre d’exemple, Sleigh Bells fait 5,2. Enfin, tous les membres de ce groupe ont plus de 40 ans et sont en conséquence automatiquement éliminés aux matchs de barrage pour cause d’inégibilité.

BLACK HEARTED BROTHERFUCKER


CONNECTIONS
Body Langage
Anyway


FORTUNE
Blackboard
Disque Primeur

Fantômes contre fantômes
MILEY CIRUS
Bnagerz
RCA

Riche idée que de mettre dans les bonus tracks « Rooting For My Baby », le seul morceau vraiment aimable (à part le single de la boule géante qui fait quand même son petit effet) de cet album, une ballade R&B/soft rock produite par Pharrell qui devrait faire un tabac chez les cœurs brisés de l’hiver. À part ça Mike Will se vautre gentiment dans un son teenrock qu’il aurait mieux fait de laisser mûrir un tout petit peu plus. Et les autres producteurs essaient en temps réel de définir l’identité de Miley sans jamais croire qu’ils vont y arriver. Ce disque a été élu album le plus statement de l’année.

NICOLAS JAAR-ASTA-FARI

HYPO & EDH
Xin
Cheap Satanism
CFCF
Outside
Paper Bag

Avant, CFCF faisait du computergaze typique des années 2008-2009. Aujourd’hui, il fait des morceaux qui rappellent simultanément les publicités pour gels douche Ushuaïa (celles avec un mec en wakeboard) et la musique qu’on entend à la fin des films où Bruce Willis vient d’accomplir une mission (impliquant souvent un méchant en wakeboard). Sur le papier, c’est la pire idée du monde, et dans les faits, c’est effectivement assez nul, mais je sais pas, ça me transporte ; là j’en suis à la piste 4 et j’ai déjà envie de me déshabiller et de parler à mes collègues de mes projets. Je ne suis pas contre écouter un album de Sade non plus, ni contre avoir un débat avec Étienne Menu à propos de l’existence – présumée ? fabulée ? – de la world music. À tout moment, je pourrais décider de me mettre pieds nus et de dévaler les dunes de l’insouciance avec une fille pas regardante sur l’épaisseur de sa toison pubienne.

FRIEDRICH SNITCH

ICONA POP
This Is…
Big Beat Company cerveza
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