L’état hypnagogique correspond à cette phase précédant immédiatement le sommeil, durant laquelle un individu peut être sujet à des sensations proches du rêve, aussi réalistes que terrifiantes. Elle s’accompagne souvent d’une paralysie totale. Vous pouvez alors vous retrouvez coincés, incapable du moindre mouvement alors que vous êtes en train de vivre un des pires moments de votre vie. Wes Craven s’est basé sur ce phénomène pour écrire Les Griffes de la Nuit. Lorsqu’on est sujet à l’hypnagogie, alias le «cauchemar éveillé», on parle souvent d’ombres menaçantes qui se penchent au-dessus de vous, d’extraterrestres, ou on a parfois l’impression que quelqu’un est en train de vous étouffer en s’asseyant sur votre poitrine. On ne peut plus bouger, et se réveiller demande un effort énorme qui se traduit par un cri horrifié dans le genre de: «Han han han Haaaaaaaaaa nooooooooooooooooon!!!» Nous avons rencontré sept personnes sujettes à ce trouble du sommeil et ils nous ont raconté un de leurs cauchemars. On pense aux gens qui partagent nos lits et on espère sincèrement que tout ça est pas contagieux. Bonne nuit et surtout, faites de beaux rêves…
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Mr Propre

ENTERREMENT CANCÉRIGÈNE
Durant plusieurs jours, je me suis passée et repassé le film de cet enterrement, tel que je me l’imaginais dans ma tête, jusqu’à ce que, un après-midi, je m’écroule de fatigue, tant nerveuse que physique. Il devait être 16h, et une fois de plus j’y pensais. Il a fallu que je m’étende. Soudain, tout est devenu très réel, j’avais l’impression que la scène se passait au-dessus de moi, que je regardais tout ça du fond de la tombe. Je pouvais voir ma mère penchée sur le trou, en train de péter un câble, et j’entendais les hurlements de douleur de mon père. Je me suis dit: «C’est absolument ridicule, je ne suis pas morte, c’est cette fille qui est morte», mais quand j’ai vu que je n’arrivais pas du tout à m’extraire de la tombe, mon incrédulité a viré à la panique. J’ai essayé d’attirer l’attention de mes parents, mais ils étaient trop occupés à pleurer pour me remarquer. J’ai essayé de leur faire des signes pendant ce qui m’a semblé être une éternité, mais ça s’est révélé complètement inutile. Finalement, j’ai fini par me mettre à pleurer, de désespoir. Quand la première larme a touché ma joue, je me suis réveillée.
CINDY McCULLOUGH
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J’AI ESSAYÉ DE MANGER MA COPINE
Je souffre de terreurs nocturnes. Ça ressemble à un cauchemar, mais en plus physique car on se retrouve à faire littéralement ce dont on rêve. Il semblerait que ce soit causé par l’anxiété. Il est déjà arrivé que des gens poignardent d’autres personnes ou commettent des crimes pendant leur sommeil. Ça peut aller jusque-là! Personnellement, j’ai toujours fait des cauchemars horribles. Quand j’étais petit, il m’arrivait souvent de me réveiller dans des endroits inhabituels, tremblant et avec le cœur qui battait à cent à l’heure. Une fois, j’ai arraché une de mes étagères du mur, et je me suis réveillé sous une télévision et une chaîne hi-fi. Une autre fois, quand j’ai ouvert les yeux, je me trouvais devant ma fenêtre, ouverte, en train de hurler. Depuis, je prends mes précautions. Aujourd’hui, avant d’aller me coucher, je vérifie que toutes les fenêtres sont fermées et qu’il n’y a pas de ciseaux ou d’objets pointus à portée de main.
La pire chose qui me soit arrivée, c’était il y a un an. Je dormais à côté de ma copine et je rêvais que quelque chose était en train de m’attaquer. Quand je me suis réveillé, j’avais sa main dans la bouche et mon visage était couvert de sang. Je l’avais mordue dans mon sommeil et je lui avais arrachée un gros morceau de chair. C’était vraiment terrifiant. C’est bizarre, mais dans mon rêve, j’avais l’impression que j’étais en train de la sauver. J’en ai fait une chanson.
DORAN EDWARDS
J’AI PISSÉ SUR LA TETE DE MA GRAND-MÈRE
Je suis retourné dans ma petite ville de province quelques jours, et pour l’occasion, j’ai dormi chez ma grand-mère. Un soir, je suis allé au bar du coin avec quelques vieux potes, et on s’est sérieusement bourré la gueule. J’ai réussi à rentrer chez ma grand-mère en titubant et je suis allé me coucher. Le lendemain matin, les yeux tout collés, je me suis levé pour prendre mon petit déjeuner. Pendant que j’étais dans la cuisine, j’ai vu ma grand-mère traîner son matelas trempé jusqu’au balcon pour le mettre à sécher. Elle avait l’air furieux et a refusé de m’adresser la parole. Finalement, au bout d’une heure de harcèlement, elle a commencé à pleurer et m’a fait: «Tu es fier de toi?» Je ne savais pas du tout de quoi elle parlait. Elle m’a alors expliqué que je m’étais levé au milieu de la nuit, que j’étais entré dans sa chambre et que je m’étais mis à lui pisser sur la tête. Elle m’avait hurlé dessus, m’implorant d’arrêter, sur quoi je lui avais dit d’aller se faire foutre et j’étais retourné me recoucher.
DARREN COUPON
LE COLOCATAIRE PSYCHOPATHE
Pendant ma première année de fac, j’ai partagé une chambre avec un jeune Indien trapu nommé Jay. Le jour où l’on a emménagé, il a accroché au mur un poster représentant le cul d’un joueur de football américain, tout couvert de boue. La légende disait: «Les gagnants n’abandonnent jamais, si tu abandonnes, tu ne gagneras jamais. N’ABANDONNE JAMAIS.»
Je le trouvais bizarre et c’était réciproque, mais alors que ce qui le dérangeait chez moi, c’était ma propreté et mes goûts musicaux, j’étais, pour ma part, persuadé qu’il allait me tuer. C’était totalement arbitraire et stupide, mais je me suis quand même inscrit à un cours d’autodéfense et j’ai pris l’habitude de dormir avec un couteau sous mon oreiller.
Ma paranoïa a atteint son paroxysme le matin où je me suis réveillé paralysé. J’étais couché sur le dos, les yeux fixés au plafond et je ne pouvais bouger que mon cou, de droite à gauche. Mon coloc’ se tenait au-dessus de moi avec un sourire vicieux. J’ai été immédiatement envahi par une terreur blanche et froide. Il s’est rapproché de moi si lentement, que ça en devenait douloureux. Je n’avais qu’une idée en tête, attraper le couteau sous mon oreiller, mais je n’arrivais même pas à bouger le petit doigt. J’ai essayé d’appeler à l’aide, mais le seul son qui est sorti de ma gorge a été une espèce de gargouillis, alors qu’il ne cessait de se rapprocher.
Nos visages ont fini par être si proches l’un de l’autre, qu’il m’apparaissait flou.
À cet instant précis, j’ai eu une montée d’adrénaline et je me suis réveillé, couvert de sueur, un couteau à la main, en train de hurler le prénom de Jay.
Après ça, mon penchant pour Wagner n’a plus semblé poser problème, et c’est plutôt mon «comportement psychotique non diagnostiqué mais néanmoins réel», comme il l’a décrit au bureau du logement des étudiants, qui est passé au premier plan. Il a déménagé une semaine plus tard.
JAMES TARMY
CRISE CARDIAQUE SUPERSONIQUE
Mon dernier épisode de paralysie nocturne a été un des pires moments de ma vie. Je me rappelle que je suis allée me coucher très tard et que j’ai été réveillée par un cri perçant. Au même moment, j’ai ressenti une douleur intense dans la poitrine. Tout ce que j’entendais, c’était ce bruit suraigu qui ressemblait à ce qu’on entend quand on reste trop longtemps à côté des baffles pendant un concert. J’étais paralysée, plongée dans le noir, et la seule source lumineuse était un champ d’énergie qui me pompait toute ma force. Je me sentais de plus en plus faible et j’essayais de crier, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Je ne pouvais plus bouger. J’étais terrifiée, et plus ma peur grandissait, plus je me sentais faible et incapable du moindre mouvement.
Ça m’était déjà arrivé, et je savais que plus je paniquerais, plus ça empirerait, alors j’ai essayé de me calmer. J’étais totalement consciente et j’ai décidé que je n’avais pas peur. Je suis restée calme. Ça m’a demandé un effort énorme, mais j’ai réussi à sortir de mon lit. Quelque chose essayait de me retenir. Je voulais hurler, mais une fois encore, rien ne sortait. J’ai essayé d’atteindre la porte, et je n’y suis pas arrivée. J’ai rassemblé ce qu’il me restait d’énergie et j’ai réessayé. J’ai ouvert la porte et tout s’est arrêté.
Je me suis réveillée dans mon lit. J’avais la tête lourde, le bras endormi, et l’impression d’étouffer. Le jour suivant, ma poitrine me faisait encore mal et je me sentais faible. Ce qui est vraiment effrayant avec la paralysie nocturne, c’est que tu ne comprends pas du tout ce qui t’arrive, tu n’as aucun savoir auquel te raccrocher. Ça ressemble à une expérience surnaturelle.
MARY MURPHY
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