À partir de notre prochain numéro, Nicolas, photographe, curateur et co-fondateur de Je Suis une Bande de Jeunes, sera aussi photo editor officiel de VICE France. Pour résumer grossièrement, le job se résume à chercher des jeunes types talentueux qui accepteront de bosser avec nous en échange de notre loyauté et de pas grand chose d’autre. Et quelquefois, de prendre des photos pour des trucs urgents qui se transformeront par la suite en articles. C’est déjà ce qu’il fait chaque jour depuis quatre ans avec JSBJ, sauf qu’à partir de maintenant, il le fera aussi pour nous.
Plutôt que de vous le présenter en des termes aussi nébuleux que « agréable », « vaillant » et tous les adjectifs synonymes du mot « sympa », on a décidé de l’interviewer et de lui parler de sa vie, de ses projets et des photos qui se ressemblent toutes sur internet.
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VICE : C’est quoi, Je suis une bande de jeunes ?
Nicolas JSBJ : JSBJ est un collectif qui rassemble trois potes de longue date, à savoir Aurélien Arbet, Jérémie Egry et moi-même. En 2007, on a crée un site internet avec comme idée de promouvoir le boulot de jeunes photographes, ainsi que nos propres travaux.
Vous êtes très vite passé au papier, il me semble.
Oui, c’est une évolution naturelle. À travers le graffiti, on a connu le support fanzine comme un moyen simple de diffuser son travail et ses images. On s’intéressait déjà à ce support à l’époque, bien avant l’engouement que le milieu de l’édition indépendante connait ces dernières années. On a donc commencé par faire des fanzines avec nos propres photos et par la suite, on a eu envie d’aller plus loin en publiant des éditions plus conséquentes– et surtout, mettre en avant de jeunes talents d’horizons divers.
Vous êtes des genres de curateurs.
Curateurs, et éditeurs. En ce moment, on produit des publications collectives avec une thématique précise, éditées à 500/1000 exemplaires et d’autres éditions monographiques intitulées « Blue zines », chacune limitée à 50 exemplaires. On a aussi organisé et curaté une exposition intitulée BARTHOLOMEW, qui est à l’heure actuelle visible à la galerie 12 Mail à Paris, jusqu’au 17 novembre.
Qu’est-ce que vous aimez, en photographie ?
Comme je te l’ai dit, on essaie déjà de ne mettre en avant que des jeunes photographes, même s’il nous est arrivé de collaborer avec des photographes plus établis comme Paul Kooiker, Asako Narahashi par exemple. Ensuite, je pense que l’on peut en effet parler d’une esthétique JSBJ. On nous dit parfois que les images mises en avant sont empruntes de tristesse et de mélancolie. On ne cherche pas ce ressenti ; ce sont juste des sujets qui nous touchent.
De quoi parle votre nouvelle expo ?
L’expo Je Suis une Bande de Jeunes porte sur l’ adolescence, la nôtre, celle des années 1990. On est très influencés par les faits marquants et les icônes de cette génération. En tant que curateurs et photographes, ces années sont pour nous une source très riche de travail. On souhaitait présenter des travaux actuels produits par des artistes ayant grandi durant cette période. Je crois que ces œuvres sont révélatrices d’une évolution de la société et d’une partie de la genèse d’oeuvre actuelle.
Y’a qui dedans ?
Plein de gens. Ann Woo, Martin Oppel, Flemming Ove Bech, Jason Nocito, Marten Lange, Grant Cornett, Ofer Wolberger, Piotr Lakomy, Amy Lombard, Sasha Kurmaz, et beaucoup d’autres. En fait, on ne voulait pas présenter uniquement des photographies–les gens nous connaissent déjà pour ça. C’est pourquoi il y a également des installations et une vidéo.
Tu passes combien de temps sur Tumblr pour trouver de nouveaux mecs ?
Je ne me limite pas qu’à Tumblr, heureusement. Internet est un outil hallucinant. Une image va rebondir de blog en blog, de site en site. Ça vire parfois à l’overdose ou à la vulgarisation de l’image.
Ouais et on retrouve souvent cette esthétique de type « pochette d’album de Washed Out » un peu irritante, aussi.
C’est vrai. Et c’est pourquoi je vois aussi beaucoup d’expos et que j’ai un rapport assez fétichiste avec les livres. À travers la distribution des éditions que l’on produit avec JSBJ, nous avons un certain réseau de libraires et de galeristes. Il m’arrive d’échanger et de partager avec eux des découvertes.
Internet, les expos, les livres, les magazines, les rencontres et un minimum de curiosité, sont donc des bons outils pour trouver des gens talentueux.
Quelles sont les variétés de pompage les plus répandues en ce moment ? J’ai l’impression que la vague McGinley est un peu passée.
Je ne sais pas si on peut parler de « pompage ». Je pense qu’après avoir assimilé des influences, il faut surtout savoir les digérer pour se forger une identité propre. C’est ce que font les meilleurs. Les « autres » ne font en effet que faire et refaire les mêmes choses.
Récemment il y a eu le cas de Ryan McGinley qui a été accusé d’avoir plagié le travail de Janine « Jah Jah » Gordon par exemple. Il me semble que tout s’est bien fini pour lui d’un point de vue juridique mais c’est assez amusant de voir qu’un gars comme lui–qui est l’un des photographes les plus influents et en vogue du moment–soit confronté à des histoires d’influences douteuses.
Merde, je ne connaissais pas du tout cette histoire.
Il y a aussi le cas du photographe qui a son univers et qui, face à une commande professionnelle perd son identité, ceci pour diverses raisons (rapports client/agence, etc.). Pour citer quelqu’un avec qui vous collaborez souvent dans Vice, je suis par exemple très respectueux et admiratif du travail d’Estelle Hanania–elle a une vraie patte et surtout, elle arrive à garder son univers et son style, même dans des conditions imposées.
Rien à voir mais, ça va mieux depuis que tu n’as plus besoin de boulot alimentaire ?
Les choses se sont faites en bonne et due forme. J’ai simplement décidé de passer à autre chose et de me consacrer à des projets plus personnels. Et pour répondre à ta question, oui je me sens relativement soulagé.
Qu’est-ce que tu comptes faire, maintenant que t’as 24 heures par jour pour trouver des jeunes photographes sur internet ?
La réponse la plus facile aurait été de te dire « agent de photographe », je pense que c’est un bon moyen pour gagner de l’argent. Ceci dit, je ne pense pas que cela m’excite réellement et il y a un coté commercial qui ne m’attire pas plus que ça.
Non, j’ai de la chance d’avoir des potes avec lesquels je me marre, qui ont du talent, et avec lesquels il y a une volonté commune de monter des projets qui nous correspondent dans le milieu de la photo, de l’art et de la création. C’est assez gratifiant au final de savoir pourquoi tu te lèves le matin, de savoir pour qui et pour quoi tu travailles, c’est à dire vous, et que des gens soient réceptifs à ce que tu fais. Nous sommes d’ailleurs en train de plancher sur une ré-organisation de nos différentes activités pour la rentrée 2012, qui nous permettra, j’espère, de développer d’autres projets.
INTERVIEW : VICE STAFF
PHOTOS EXTRAITES DE L’EXPOSITION BARTHOLOMEW CURATÉE PAR JE SUIS UNE BANDE DE JEUNES
L’exposition Bartholomew est actuellement visible jusqu’au 17 novembre à la galerie 12 Mail. Sinon, lisez chaque jour de votre vie les sites http://www.jesuisunebandedejeunes.com/ et http://jsbj.tumblr.com/.
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