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Papier Tigre nous pillonne le cortex depuis 10 ans et il n’y aucune raison que ça s’arrête


Photo – JB Geffroy

Difficile d’aborder un groupe comme Papier Tigre sans parler de « scène ». Et pourtant ce ne serait pas faire honneur au parcours des nantais dont le parcours sur le papier est un mélange d’ambition et d’éthique, deux éléments qui semblent de plus en plus difficile à concilier de nos jours. Quelques semaines après la sortie de leur nouvel album, The Screw, qui pousse un peu plus loin les limites de leur afro-math-rock, on est allé parler avec Eric Pasquereau, le chanteur, de ses 10 ans de carrière, de sa musique et de sa vision plutôt très juste de la vie d’un musicien en France sur le long terme.


Noisey : Je me faisais une réflexion l’autre matin. J’ai l’impression qu’avant les groupes français étaient vraiment bercés par le rock américain . Et puis depuis quelques temps on parle beaucoup de culture française, de gens comme La Souterraine, d’un retour à la francophonie. Je me disais que d’un côté c’était positif mais que de l’autre ça allait avec cette époque très axée sur le repli sur soi et la fermeture à l’extérieur. Je sais que toi tu as vécu aux USA et que ton rapport à cette culture est, de fait, un peu différent, mais tu en penses quoi?
Eric Pasquereau : Je trouve le retour à la francophonie plutôt positif déjà par rapport à tous ces gens qui voulaient absolument chanter ou parler anglais sans vraiment avoir le niveau. Ça donnait et ça donne toujours chez certaines personnes un rapport très bizarre à leur chant. Pour ce qui est des gens qui choisissent le français massivement actuellement, je ne pense pas que ce soit un repli identitaire. Ils choisissent la langue dans laquelle ils sont le plus à l’aise. Je trouve ça cool qu’on se soit décomplexé vis à vis de notre langue et qu’on ne porte plus cette honte de la chanson française comme ça a été le cas pendant longtemps. Après en ce qui nous concerne, j’aurais énormément de mal à chanter en français. On a aucune influence francophone, donc j’ai beaucoup de mal à m’identifier à des chanteurs français. On n’a pas du tout grandi avec Noir Désir.

Et par rapport à toute cette vague chantée en français et très en vogue, vous vous sentez mis de côté ?
On a fait une vingtaine de concerts depuis la sortie du disque, avant ça on n’avait pas joué depuis 1 an et demi et c’est vrai que ça a changé. La scène dans laquelle on évoluait n’existe quasiment plus, beaucoup de groupes ont splitté. Quand ton groupe a 10 ans tu es considéré comme un « vieux groupe ». Là, c’est sûr, on joue devant des gens qui nous ont déjà vu 3 ou 4 fois, pas facile de ramener des nouvelles têtes. Comme toutes les modes, il y a un moment où tu es cool et un moment où tu le deviens moins c’est comme ça. C’est pas pour autant qu’on va changer notre musique pour redevenir cool hein.

Justement c’est votre 4e album et Papier Tigre existe depuis 10 ans. Aujourd’hui, c’est considéré comme une période « longue ». Avez vous eu du mal à retrouver l’excitation nécessaire pour faire ce nouveau disque ?

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Justement, il y a ce paradoxe incroyable en ce moment : tu dois faire un disque pour qu’on parle de toi et pour tourner mais personne ne l’écoute vraiment en entier… Le disque devient juste un argument. Je lisais une interview du gars de Bruit Noir ce matin, dans Mouvement, où il disait avoir mis un morceau hyper radical en fin d’album car il sait que personne ne l’écoutera jusqu’au bout… Rires Il y a un feeling plus pop mais aussi plus expérimental dans ce disque. Ta voix couvre un spectre plus large que par le passé, notamment. Ça vient d’où ? Je trouve qu’un groupe comme Deerhoof s’est un peu perdu en se frottant à la pop, car ils se pensaient peut-être un peu plus malins que ce qu’ils étaient vraiment… Chez vous il n’y a pas ce côté qui fait référence au kitsch. Vous vous en méfiez ? Runners Four L’indie rock et la scène noise avant avait des figures charismatiques et aussi assez politiques, Ian McKaye bien sûr, mais aussi Eugene Robinson pour ne citer qu’eux. Je ne vois pas grand monde dans la jeune génération capable d’être aussi inspirant qu’eux. Inouïs du Printemps de Bourges Je trouve que le leader de Fat White Family par exemple pourrait un peu prendre ce rôle… Mais le groupe peut tomber un peu dans le côté phénomène de foire… Côté concerts, vous avez goûté à autre chose avec La Colonie de Vacances. Comment avez vous abordé le fait de revenir juste à trois comme ça ? Vous n’avez pas eu envie d’ajouter un membre ou de nouvelles choses sur le plan technique ?
J’ai lu dans une vieille interview que tu te plaignais du manque de soutien des médias de masse à la scène française. La situation a un peu changé mais j’ai l’impression que les médias comme les programmateurs s’emparent maintenant d’un groupe ou d’un artiste pour en faire un peu leur mascotte indé et justifier leur peu de curiosité à côté. Comment s’est passé la promo par exemple ? C’est vrai qu’on a l’impression que d’un côté tu as les mecs qu’on sort de l’underground 15 après et qui percent à 35 ans et d’un autre côté on demande aux jeunes groupes de passer par le circuit des tremplins et d’être tout de suite des professionnels de la musique. Je ne suis pas sûr qu’un groupe comme Pneu s’ils débarquaient aujourd’hui à 20 balais se feraient autant connaître par exemple. Rires Magic Inrocks
Ils n’ont pas chroniqué votre disque ? Tu as commencé la musique avant le tout numérique. Tu es heureux d’avoir connu ça? la musique d’avant Facebook et Deezer?
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