PARIS – LA VILLETTE SONIQUE : LE RAPPORT

On est allé au festival La Villette Sonique dès le premier jour pour interviewer Deerhunter, le meilleur groupe d’Atlanta derrière les Black Lips. Leur musique est hyper bien soit, mais on savait aussi que Bradford Cox aurait des trucs bien salés à nous raconter.

Il nous a par exemple éclairé sur le mystère de l’« Alaskian Pipeline »: c’est quand un homme (ou une femme) congèle son caca afin de le réutiliser à des fins aussi diverses que la pénétration anale de son (sa) partenaire. Il vous en dira plus dans l’interview qui paraîtra bientôt ici-même.
Par contre, leur concert ne cassait pas des briques. Il était même assez chiant en fait, et histoire d’en faire un fiasco complet, Bradford s’est mis à insulter les organisateurs à cause du texte de présentation du groupe sur le programme où il était écrit que Deerhunter était mené par un “géant anorexique” (lui). Ce dont il s’est plaint en disant que c’était inacceptable et “disrepectful”. Il en a fait des tonnes quoi.

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Puis y’a eu Devo. Puisque je suis un fan inconditionnel, sachez que mon avis sur le concert n’est pas objectif: c’était fantastique. Imaginez des mecs, gros, vieux, qui ressemblent à des profs des beaux-arts et qui jouent les tubes que vous voulez écouter en soirée. Quand ils ont fait “Mongoloid“, je me suis senti en totale communion avec le public, on peut même dire que j’ai été ému.

Le lendemain, y’avait deux de mes idoles d’adolescence qui jouaient: Clipse et Dizzee Rascal.

Je suis bien en train d’avouer mon passé backpacker. Les deux concerts tuaient. Je me suis surpris à retrouver mes automatismes hip-hop, qui consistent à bouger la tête d’avant en arrière en faisant des signes rapides avec la main. J’ai aussi marmonné des paroles en faux-anglais, chanté à tue-tête la mélodie du refrain de “Grindin” et j’ai même eu l’occasion de refuser un joint de mauvais shit. On était à un concert de rap, pas de doute. Petite précision: je me suis aussi aventuré à Six Organs Of Admittance, et c’était tellement soporifique qu”on s’envoyait des SMS du style “je préférerais écouter un album d’Herbaliser plutôt que ça” pour se distraire un peu. On est resté 4 minutes.

On est ensuite revenu samedi pour les concerts en plein air, en se disant naïvement qu’il allait faire beau et qu’on s’allongerait tous dans l’herbe torse nu pour prêcher la paix. Que dalle: il faisait froid et gris. Comme un malheur n’arrive jamais seul, on est arrivé juste assez à la bourre pour louper tout le set de Health. Et en plus de ça, les Chromatics ont eu des problèmes électroniques bizarres qui ont retardé leur show de 20 minutes. Honnêtement, c’est pas très grave tellement leur concert était cool. En fait le temps presque hivernal allait hyper bien avec leur new wave froide qui te fait prendre conscience que la vie n’est que tristesse et la mort, une échappatoire nécessaire. En plus la meuf, qui chante très bien, est super jolie. On a vu Chrome Hoof juste après et c’était vachement bien aussi. C’est un espèce de funk band avec plein de mecs et de meufs qui jouent du death metal psyché et dansant, et c’est vraiment l’effet recherché puisqu’ils citent Sun Ra et Slayer comme influences.

Le dernier soir, c’était le grand soir du festival, avec plein de têtes d’affiches qui ramènent les rockers sérieux de 30 ans. On a vu Melt Banana et c’est plutôt cool pourvu qu’on ait pas de réticences particulières avec les meufs hystériques et les lesbiennes (ce qui revient souvent au même). Puis y’avait Mission Of Burma et leur indie rock de bûcheron sensible m’a tout à fait convaincu. Je veux dire, c’est de la vraie musique de mecs qui coupent du bois en s’interrogeant sur le néant de l’existence, sauf que les mecs transpirent la classe. Ça flingue. Par contre (si vous aviez 20 ans en 1995, ne lisez pas ce qui suit), les légendes Shellac, tout pourri. Je déteste leur faux heavy metal qui s’imagine être expérimental parce qu’il y a des moments un peu plus deep où le batteur frappe moins fort que d’habitude en prenant un air concerné. Et pourtant, dieu sait si je suis fan de Steve Albini en tant que producteur, mais ce concert était trop relou. Dommage qu’ils aient conclu comme ça le festival, parce que tout le truc était vachement bien quand même, en fait on voit même aucun festival parisien qui soit aussi bien.

Julien 1515

Photos: Maciek Pozoga

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