PATRICK O’DELL EST UN PUTAIN DE VOLEUR

Patrick O’Dell a bossé pour nous dans à peu près tous les postes qu’on lui a proposés – il a été dans l’ordre : collaborateur régulier à l’édito, rédacteur en chef photo, animateur sur VBS, puis plein d’autres trucs qu’on a oubliés depuis. C’est pourquoi, lorsqu’il nous a envoyé sa proposition pour notre numéro Natures mortes, notre instinct maternel s’est réveillé immédiatement. On s’est inquiété. Mangeait-il correctement ? Dormait-il sous un toit ? Disposait-il d’un manteau pour les froides journées d’hiver ? Bonne nouvelle, puisqu’il a l’air d’aller très bien (à ce point qu’il s’est même acheté une moto) et que la photo en question date en réalité d’il y a des années.

Aujourd’hui, Patrick se rase tous les jours et bosse pour VBS dans le cadre de l’émission Epicly Later’d. On peut aussi le suivre sur son blog qu’il met sans cesse à jour avec des photos de voyage, de skate et d’aventure (et qui sont publiées depuis des années dans les meilleurs magazines du monde). Auparavant, il habitait New York mais il vit désormais à LA avec son chien et la photo de Jerry Hsu qu’il nous a piquée il y a dix ans.

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Vice : Salut Patrick, ça fait longtemps que tu bosses avec nous. C’était comment Vice au début ?

Patrick O’Dell : J’étais stagiaire chez Index à l’époque où Jesse Pearson bossait là-bas. Je me souviens aussi que Ryan McGinley et Amy Kellner étaient tous les deux pigistes pour le magazine. Pendant ce temps, je travaillais aussi chez Thrasher sur des trucs en rapport avec le skate mais bon, je m’intéressais aussi à un tas d’autres trucs.

Quand tu parles de « trucs en rapport avec le skate », tu veux dire que tu prenais des photos de skate, non ?

Ouais, de la « skate-ographie ». Rien n’était officiel, je n’avais pas de contrat de travail tu vois, mais ouais, je bossais pour eux. J’étais en route pour devenir skate-ographe. En parallèle, j’adorais Index pour leurs articles et leurs interviews, qui résumaient en fait les idées de Jesse, d’Amy et de Ryan.

Et donc, tu les a rencontrés pendant que tu étais en stage chez Index ?

C’est ça. C’est marrant parce qu’en fait, Jesse a commencé comme ça, en tant que stagiaire lui aussi, euh, à moins que ce soit Amy ? Attends merde, c’était peut-être Ryan ? En tout cas, je me rappelle m’être dit que tous ces stagiaires iraient loin. Je me rappelle avoir montré quelques-unes de mes photos à Jesse qui voulait que je rencontre son pote Gavin de chez Vice. Le premier truc que j’ai fait pour Vice, c’était des photos des Dos and Don’ts. J’ai pris toutes les photos de Dos dans un des premiers numéros. Ils l’avaient même appelé « Dos : Spécial Patrick O’Dell ».

Aujourd’hui, tu préfères semble-t-il passer ton temps à updater ton blog Epicly Later’d et faire la fête en charmante compagnie.

Pas vraiment, en fait. Je trouve que le blog insiste trop sur certains trucs, et ça donne parfois l’impression que je ne fais que ça de ma vie. C’est plutôt une fois par semaine que je fais quelque chose d’intéressant qui mérite d’être blogué. J’ai l’impression que l’image que je donne sur le net, c’est que je mène une vie super excitante alors qu’en réalité, ce n’est pas forcément le cas.

Où est-ce que tu trouves les mots cryptiques que tu enfiles les uns après les autres et avec lesquels tu fais des titres de photoblogs super prétentieux ?

D’habitude, ce sont tout simplement des paroles de chansons. Pas toujours, mais c’est le cas pour la plupart. Si ça t’amuse, tu peux probablement vérifier sur Google, et ainsi interpénétrer le monde fantastique de la world-music. J’utilise souvent Google Translate pour essayer de trouver la signification de la chanson et m’en servir pour trouver des titres très compliqués, oui.

Combien de photos tu prends par jour ?

Aucune idée, ça varie d’un jour à l’autre. On peut compter les photos prises sur iPhone ?

Oui, elles comptent.

Alors on peut dire que j’en prends des tonnes. Je me sers de mon iPhone et de mon argentique. Avant j’utilisais un appareil numérique – un Canon -, mais aujourd’hui je trouve que les photos iPhone n’ont plus ce grain horrible des anciens portables, alors je n’ai plus besoin d’APN. J’alterne donc entre ça et mon vrai appareil photo. S’il s’agit d’un truc spécial, je me sers de l’appareil, mais si je prends une photo d’un truc drôle ou bien d’un pote au petit déjeuner, j’utilise l’iPhone. Je dirais que je prends environ 30 photos par jour. Peut-être moins, remarque. Vraiment, ça dépend de si je suis en voyage, si je bosse ou si je ne fais rien. Aujourd’hui par exemple, je n’ai pris aucune photo.

Tu utilises quoi comme appareil photo ?

J’aime bien les « point and shoot ». J’en ai quelques-uns et je trouve qu’ils sont plus faciles à régler que les autres. J’ai aussi un appareil plus gros dont je me sers pour mes « photos professionnelles ». Mais pour mon site, je me sers uniquement du point and shoot.

Comment tu t’es intéressé à la photo ? Par le skate ?

Peut-être, mais je pense que je me suis intéressé à la photographie avant de commencer le skateboard. Je me souviens que je faisais déjà les deux quand je suis entré au collège. J’aimais l’idée que je me faisais du skater. Je me suis ensuite intéressé à l’art et à la musique, ce genre de trucs, mais tout en continuant à faire de la photo et du skate à côté.

La photo que tu as soumise pour notre numéro Natures mortes est assez déprimante. Comment t’as fait pour dépenser tout ton argent ?

C’est une vieille photo que j’ai prise au moment où je lançais mon site. Il y avait Amy Kellner qui commençait son blog Teenage Unicorn à la même époque si je me souviens bien, ça doit dater de 2004 ou un truc comme ça. J’habitais toujours New York et je faisais bien plus la fête qu’aujourd’hui. La photo a probablement était prise sur un Canon Elph d’environ 1 megapixel et demi, presque la même chose qu’un iPhone aujourd’hui. Avant ça, je n’avais jamais pensé à acheter un appareil photo numérique, mais Amy disait que j’en aurai besoin à l’avenir. C’est pourquoi j’ai acheté tous ces trucs. Et du coup, j’ai dû dépenser tout mon fric pour l’appareil avec lequel j’ai pris la photo. Ça m’avait coûté près de 300 dollars, je me rappelle.

Tu as donc pris la photo à New York ?

Ouais, et si je me souviens bien, c’était devant un traiteur entre chez Katz et une pizzeria du coin. J’y suis allé pour retirer du blé et je savais que je n’avais presque plus rien sur mon compte, mais j’étais certain d’avoir les 20 dollars dont j’avais besoin. En fait il ne me restait que 17 dollars et ce message s’est affiché.

Avoir juste assez sur son compte mais pas assez pour retirer, c’est vraiment l’horreur.

C’est clair, atroce. J’avais l’intention de dépenser tout ce qu’il me restait. Du coup, je suis allé acheter une petite bouteille de Jager à 13 ou 14 dollars en payant par carte.

Tu as une photo préférée dans le numéro Natures mortes ?

Non, et je ne l’ai pas encore vu d’ailleurs.

On ne te l’a pas encore envoyé ?

Non. Je ne sais même pas si je suis encore abonné. J’ai déménagé récemment et je suis presque sûr que mes abonnements sont toujours envoyés à mon ancienne adresse. Je ferai des recherches et je vous dirai. J’aimerais bien voir le numéro en tout cas, je trouve l’idée super intéressante.

C’est vrai.

Oui, et vous ne pouvez pas faire la même chose tous les ans. Je me souviens d’un numéro photo sur lequel j’avais bossé avec Jesse et Amy. Je ne sais pas si vous faites toujours les choses de la même façon mais je me souviens qu’à l’époque il y avait une page réservée aux nouveaux collaborateurs avec leur photo à côté. Jesse avait fait une petite blague en disant que, ce mois-là, tous les employés du mois devaient se foutre à poil. Il blaguait, mais plus on y réfléchissait, plus on trouvait que c’était une bonne idée – après tout les mecs pouvaient l’interpréter de la manière dont ils voulaient, soit se mettre soit tout nu, soit en faire une interprétation. C’était donc en réalité plus près d’un devoir en classe, genre : « mettez-vous à nu »

On l’a donc fait, et beaucoup d’entre eux l’ont pris très au sérieux – on a eu d’excellents résultats par ailleurs. Je trouve que ça rappelle un peu l’idée du numéro Natures mortes. Ça me plaît. J’aime bien voir les différentes interprétations des gens par rapport à un sujet défini.

Ouais mais ce qu’on veut savoir, c’est si tu t’es mis à poil toi aussi.

Non je ne l’ai pas fait, je me suis dit qu’en tant rédacteur en chef photo, ce n’était pas à moi de faire un truc pareil.

C’est très humble, bravo. Si tu devais prendre en photo un truc dans la pièce où tu te trouves, ce serait quoi ?

J’ai ma chienne qui est assise à côté de moi avec les pattes croisées. Elle a l’air très élégante comme ça. Entre nous, j’ai aussi failli vous parler d’une photo de Jerry Hsu qui se trouve sur le mur devant moi, et je trouve que ça pourrait faire une super photo. Le truc, c’est que je vous l’ai volée. Enfin non c’est pas tout à fait ça, ce n’est pas vraiment du vol en fait.

Mmm hmmmm.

J’ai retrouvé ce truc après une expo de Jerry. Toutes les photos avaient été imprimées et payées par Vice, et donc à la fin Gavin et moi les avons ramenées au bureau, et tu vois, tout le monde pouvait venir et en prendre une pour chez soi. J’ai donc demandé à Jerry si je pouvais l’en débarrasser d’une, et il m’a répondu « ouais ouais, pas de problème ».

Et si on publiait ça ?

Non, j’ai pas envie que Suroosh passe chez moi pour la reprendre !

Allez…

OK, publiez-ça si vous voulez. Mais si quelqu’un me la vole, sachez que je ne serai pas content.

Je me demande bien qui irait à LA spécialement pour te la prendre.

J’imagine déjà le notaire de chez Vice qui viendrait sonner à ma porte. Si jamais ça m’arrive, il faut aussi qu’ils aillent chez Gavin, je suis certain qu’il en a plein.

C’est bien ça, coule-le avec toi.

En tout cas je sais qu’à l’expo il y avait près de 25 photos de Jerry et que dans le bureau il n’en restait plus que six. Il y en a plein qui ont disparu d’une façon ou d’une autre. De toute manière, ce n’est plus du vol à partir du moment où je reconnais mon pêché.

Je ne suis pas sûr que t’aies raison, là.

Bon, je reconnais ma faute et je m’en excuse. J’espère qu’ils finiront par l’accepter parce qu’au fond de leur cœur, ils savent que ce n’est pas grave du tout.

Hum, tu sais qu’on a fait une autre expo avec Jerry récemment et que toutes les photos sont ici bien au chaud à l’abri des voleurs ?

T’aurais dû en voler, alors.

N’essaie pas de m’embarquer dans tes combines. Mais de toute façon au final, tu prendrais le chien ou la photo volée ?

La photo volée, ouais.

JONATHAN SMITH

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