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À moto avec les Dominicains

J’étais en République Dominicaine, et j’essayais de décider de ce que j’allais bien pouvoir foutre du reste de ma vie. New York m’avait foutu à terre ; la météo dégueulasse, les loyers exorbitants, les branleurs et les connards, tous en compétition pour le moindre mètre carré d’espace. J’avais besoin de me mettre un peu au vert, de réfléchir et de me retrouver.

Je n’étais jamais allé en République dominicaine avant, mais quelqu’un m’avait dit que les plages étaient belles, les bières pas chères, et qu’il me suffisait de prendre un avion Jet Blue direct de JFK à Puerto Plata, quatre heures de vol et j’y serais. J’étais célibataire et sans emploi, la plupart de mes potes bossaient pendant la journée, donc j’ai arrêté de réfléchir et j’ai pris des tickets, fait mes bagages et migré au sud.

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Quelques jours après être arrivé à Las Terrenas, j’ai rencontré un kid, Santiago. Il avait l’air d’avoir environ 18 ans, avec de grandes jambes maigres et des yeux très noirs. Il était assis sur sa moto, juste en face de l’endroit où je dormais. Il a fixé longuement mes pompes, donc je lui ai fait un signe de tête. Il m’a dit qu’il aimait mes Puma et que si je les lui donnais, il passerait me chercher le lendemain pour me conduire à une plage isolée à quelques heures de là. 

Le lendemain, Santiago s’est pointé à 10 heures du matin pile. Il m’a appris, dans un anglais approximatif, que nous allions à La Morón – une plage isolée près de sa ville d’origine, Limon. J’ai un peu hésité avant de grimper à l’arrière de sa selle.

Une fois qu’on s’est mis en route, j’ai pu me détendre. Le soleil nous couvait chaleureusement et le vent me caressait la figure. Ma gueule de bois due à la quantité de mojitos absorbés la nuit précédente s’estompait lentement. La plage se trouvait très loin des sentiers battus, et ça nous a pris environ une heure de plus pour l’atteindre. Le béton a cédé la place à la poussière et j’ai vu des Dominicains glander en face de leurs modestes cabanes. Certaines étaient en feraille, d’autres en bois délabré. Toutes étaient peintes de couleurs vives et entourées de palmiers.

Sur la route, on a rencontré deux petits enfants. L’un tenait un chien mort en laisse. Je n’oublierai jamais le regard de ce gamin alors qu’il tirait légèrement sur la laisse et que le cadavre du chien ne bougeait pas d’un pouce. L’autre enfant, une gamine d’environ 4 ans, était penchée sur un chat mort. Elle restait en face de lui, dans la poussière, comme si elle pouvait le ramener à la vie. Santiago a murmuré un truc mais ses mots ont été emportés par le vent.

On a finalement atteint la plage, difficile d’accès, parfaite. J’ai ôté mon tee-shirt et senti les premiers rayons de soleil sur mon dos. Santiago a garé sa moto à l’ombre d’un palmier. J’aurais presque aimé qu’il s’en aille pour pouvoir me retrouver seul. Je me suis jeté dans la mer.

Un peu après, Santiago m’a emmené dans un endroit un peu plus bas, le long du fleuve. De la musique emplissait l’air. Des hommes étaient attablés devant de grandes bouteilles de rhum, ils jouaient aux dominos. Beaucoup portaient des lunettes de soleil et n’avaient pas l’air commode. J’ai demandé à Santiago pourquoi il n’y avait aucune femme. 

« Plus tard. Y’aura plus de femmes que d’hommes dans pas longtemps, et quand ce sera le cas, les hommes seront soûls et la nuit guettera. »

Je lui ai demandé s’il y retournerait. Il m’a dit qu’il aimerait bien mais qu’il n’avait pas d’argent. Et voilà le problème, ai-je pensé.

« Où sont ta femme et tes enfants, ai-je demandé.

– À la maison », a-t-il répondu.


J’étais prêt à partir.

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