SAO PAULO – ALESSANDRA CESTAC TOUTE NUE

Sao Paulo, mon amou

On a rencontré Alessandra Cestac, parce qu’elle est en résidence à Paris dans le cadre de l’exposition r qui commence ce soir à la Maison des Métallos. Depuis plus de quatre ans cette photographe de 28 ans réalise des portraits d’elle toute nue qu’elle colle ensuite sur les murs de la ville. 

D’où t’es venue l’idée de l’autoportrait à poil ? 

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C’est ma façon de mélanger la photo et la danse. Je me suis pas posé la question de la nudité au départ. J’ai commencé il y a quatre ans parce que je me sentais étouffée par la ville. Tu sais à Sao Paulo, contrairement à Rio ou à Bahia, il ne fait jamais très chaud, donc les gens sont toujours couverts. Je voulais montrer qu’il y avait des gens à l’intérieur des vêtements et à l’intérieur de la ville, pour essayer de soulager toute cette pression. Sao Paulo est une ville très stressante, il y a peu de place pour l’expression personnelle. Je voulais jouer sur une idée de soulagement, de liberté liée à la nudité. 

C’est le combat du corps contre le béton ? 

Exactement. C’est une métaphore de la ville comme corps humain. Je veux humaniser l’espace. Je fais mes collages dans des endroits laissés en friche, où dorment les clochards. Si je fais un collage en face de chez quelqu’un, il va s’en foutre, mais si je le fais sur son mur, là ça va le choquer. Tu sais à Sao Paulo les gens ne font pas attention à leur environnement et chacun vit enfermé chez soi, jette ses papiers sales par terre, moi je veux montrer que l’espace urbain appartient à tout le monde. Quand j’ai collé mes photos sur les bords des voies express, les gens qui passaient rapidement en voiture avaient la sensation qu’ils venaient de croiser une femme nue… 

Y’a pas eu d’accident ? 

Aha, non mais il y a sûrement eu des embouteillages…

Et c’est pas dangereux de se balader toute nue dans les rues de Sao Paulo ? 

Je cherchais cette sensation d’adrénaline, on ne sait jamais sur qui on peut tomber, surtout au Brésil, je pouvais tomber sur un dingue ou sur des flics qui m’auraient collé une amende, mais ça faisait partie de ma démarche. 

Tu n’as jamais eu d’amende ? 

Non je n’ai jamais eu de problème. Même au début quand je le faisais toute seule et  dans des endroits accessibles à tous. Puis je me suis mis à fréquenter le milieu du graffiti, et mes potes graffeurs m’ont enseigné les règles de prudence élémentaires. Même si j’ai beaucoup moins souffert de l’action de la police qu’eux, parce que moi je m’en tire avec un joli sourire.

Tu n’as pas de problème de pudeur ? 

Je viens d’une famille d’artistes où la nudité ne pose aucun problème, je ne me suis donc jamais posée la question. Ce n’est qu’en observant la réaction des gens que j’ai compris que tout le monde n’était pas aussi ouvert à la nudité que moi. Beaucoup de gens sont choqués et pensent que ma démarche est sexuelle. Alors que le Brésil est très habitué à voir des filles en bikini, le fait d’être nu ça choque encore les brésiliens.

T’as le crâne rasé sur les premières photos que tu prenais, ça a une signification particulière ? Tu étais en guerre contre quoi ?

Je trouve que ça donne plus de force à l’image, avec les cheveux plus longs j’aurais l’air trop délicate. A l’époque j’avais du mal à trouver un espace et à me faire respecter, comme artiste et comme personne. Je viens d’une famille d’origine argentine plus éduquée que la moyenne au Brésil, mais plutôt pauvre. C’est compliqué à Sao Paulo parce que la vie est presque aussi chère qu’à Paris, c’est difficile sans relation et sans argent de se faire un nom là bas. Tous les galeristes se connaissent et la plupart sont gays, alors quand tu es une fille, une fille inconnue en plus, on te regarde de haut.

Donc c’est ce travail qui t’a fait de la pub ? 

Ca m’a permis de rencontrer plein d’artistes avec qui j’ai pu collaborer, mais les galeries pensent encore que mon travail n’est pas sérieux. Et puis en découvrant les articles sur moi dans la presse brésilienne qui est au moins aussi hystérique que la presse anglaise, je me suis rendu compte de ce que je faisais et ça m’a permis de repenser mon travail. C’était psychologiquement fatiguant à cause du fantasme brésilien de la nudité féminine, tout le monde me demande d’expliquer mon travail “pourquoi t’es à poil, pourquoi t’es à poil, pourquoi t’es à poil ? t’es une pute ?”. Les médias ont crée un personnage de pute et je me suis posé la question, je me suis dit:” p’tet que oui, je suis une pute !”

Pourtant y’a pas de dimension sexuelle dans tes photos…

Non, mais les garçons ne font pas la différence entre moi et une fille qui pose pour playboy. Certains d’entre eux ont l’impression que je leur appartiens et ne peuvent pas s’empêcher de mal me parler et d’essayer de me toucher. Je savais que c’était un boulot provoquant mais je ne m’attendais pas à une telle réaction. 

Donc c’est fini ce truc de poser à poil dans la rue ? 

Non ce n’est pas fini. Pour l’expo Sao Paulo mon amour, je viens de créer une installation en rapport avec le travail de Ludovic Carème qui sera aussi exposé. C’est la chambre d’une fille dont on découvre les fantasmes, et les rapports de la vie intime de cette fille avec une grande ville comme Sao Paulo. Je veux montrer aux gens que la nudité et la sexualité sont naturelles, je ne sais pas si je vais y arriver, mais je vais essayer. 

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