Le punk n’a jamais été conçu pour recevoir les louanges des institutions mais avec le temps, il n’est pas rare que les rébellions d’autrefois soient assimilées par les institutions. Joe Strummer n’échappe pas à la règle, et la semaine dernière, la ville de Grenade, en Espagne, a renommé une petite place en son nom.
J’attendais dans un bar de la Plaza del Carmen le membre du conseil municipal de Grenade qui devait me conduire vers ce qu’on appelle désormais la Placeta Joe Strummer en repensant à l’agitation qu’avait soulevé, à Portland, la décision de renommer une rue en l’honneur du célèbre activiste des droits civiques sud-américain Cesar Chavez. À Grenade, la célébration de Joe Strummer ne semblait offusquer personne : c’était même un moment important.
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Avant sa mort en 2002, Strummer se rendait souvent à Grenade. Il y est venu pour la première fois dans les années 1970 avec Palmolive, la batteuse des Slits et sa copine à l’époque. Il a immortalisé la ville quelques années plus tard dans son classique de 1979, « Spanish Bombs », dans laquelle il appelle la ville son corazon, et il rend hommage au célèbre poète grenadin Frederico Garcia Lorca. Les années passant, on pouvait l’apercevoir vadrouiller bruyamment dans l’Albayzin. Ses filles ont dit qu’elles le suivaient lors de ses tournées des bars nocturnes au cours desquelles, comme le joueur de flûte de la fable, il amassait des compagnons de beuverie. L’idée de cet hommage a germé fin 2011, quand des habitants du quartier ont lancé une campagne Facebook demandant à la ville qu’une place porte son nom. Des milliers de résidents et certains groupes politiques locaux – dont les membres conservateurs du conseil municipal qui collaborent avec les syndicats de gauche – ont signé cette pétition et la Placeta Joe Strummer a vu le jour.
La Placeta Joe Strummer est située dans le quartier calme de Realejo, à proximité des murs rouges du palais de l’Alhambra. C’est une minuscule place poussiéreuse qui accueille quelques pins et une fontaine à eau creusée dans la roche. La vue sur la Sierra Nevada est à couper le souffle. Non loin de ce promontoire, un mur est recouvert d’un gros portrait de Strummer. C’est sur cette petite place que sa famille, ses amis et des centaines de locaux et de fans se sont rassemblés pour prononcer quelques mots et passer un bon moment en son honneur.
La matinée a commencé par un discours de Marcia Farquhar, une amie de Strummer. Elle a rappelé à quel point « ce leader extraordinaire des jeunes garçons et des jeunes filles perdus » aimait Grenade et l’Espagne. Quelques mots de sa veuve, Lucinda Garland, ont suivi, dans lesquels elle a rappelé son attachement à la ville et à ses habitants. Ses filles, Jazz et Lola, observaient la scène, tout comme Richard Dudanski, des 101ers où il jouait avec Strummer, et de Public Image Ltd.
Puis, la présentation de la plaque a laissé la place à la musique et à la fête. L’atmosphère s’est remplie de l’odeur caractéristique de la marijuana et des bouteilles de vin circulaient de main en main, au son d’un groupe de reprise des Clash composé de membres du groupe espagnol 091 (pour qui Strummer avait produit un album, et avec qui il avait souvent travaillé), de son ancien groupe the Mescaleros et de Jem Finer, des Pogues.
Un tas de classiques des Clash ont résonné dans la nuit, dont « Spanish Bombs », « London Calling » et « Guns of Brixton ». Les passants étaient attirés par les festivités et les voisins souriants admiraient la scène depuis leurs fenêtres ou leurs balcons. Les festivités étaient bruyantes, c’est clair, mais tout est bruyant ici – c’est peut-être l’une des choses qui a tout de suite plu à Strummer.
Il est significatif que l’un des chefs de file du mouvement punk soit mis à l’honneur en Espagne aujourd’hui. Les manifestations envahissent les rues régulièrement et le taux de chômage chez les jeunes a atteint un niveau insupportable. Les classes populaires sont privées de leurs avantages, des gens sont expulsés de chez eux et de plus en plus de provinces réclament l’indépendance – a-t-on déjà vu des conditions plus propices à la mélodie de la rébellion ?
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