UN SAMEDI APRÈS-MIDI À EROPOLIS

Il y a quelques semaines, on a profité de notre carte Navigo six zones pour aller faire un tour au Salon de l’érotisme de Villepinte, situé dans un lieu encore plus déprimant que Villepinte-même, son parc des expositions. Même si l’on s’attendait à assister à des événements particulièrement tristes, on aurait du mal à mettre des mots sur le sentiment qui nous a submergé en repartant de là-bas. Ça ressemble à l’enfer, et ça sent comme l’enfer – un mélange d’odeurs de vieux, de porc et d’eau de Cologne pour mecs qui n’ont pas peur d’afficher leur virilité.

Le public était composé dans sa grande majorité de couples de 40 ans vêtus de cuir et avides d’expériences, et d’étudiants en école de commerce franchement ravis d’être là, comme en attestaient leurs chemises ouvertes jusqu’au troisième bouton et leurs rires trop bruyants. On a dû faire la queue pendant une heure parmi les satyres pour finalement débourser 25 euros et ainsi, avoir le privilège de rentrer dans « l’expo ». Pour ma part, j’ai eu droit à une réduction grâce à un tip secret, révélé par des utilisateurs sur un forum coquin. Outre la forte odeur sécrétée par les participants (voir plus haut), le premier truc qui m’a frappé en entrant dans le salon, ce sont les longues rangées de stands empilés les uns sur les autres dans lesquels on peut aussi bien se procurer des cuissardes de couleur blanche, de la très belle lingerie en polyester ou des accessoires robotisés pour femmes seules. Rien de bien fou pour le moment, donc.

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Premier truc inattendu, cette nana en train de se trémousser langoureusement devant des mecs visiblement « chauffés à blanc », immortalisant l’instant sur leur caméra d’appoint. Peu après les débuts de ce petit jeu s.e.x.y, l’un des types—celui avec une coupe de cheveux personnalisée, sur la droite—s’est avancé pour poursuivre l’aventure dans le réel et a commencé à la tripoter pour de vrai, devant un public enthousiasmé.

Plus à l’aise que jamais et mis en orbite par l’invitation à la débauche de la meuf à robe couleur chair, on s’est décidé à payer quatre euros de plus pour rentrer dans l’espace « hot ». Après tout, on était plus à ça près.

Sans surprise, l’espace chaud se révèle être un temple de la sensualité, et de manière générale, un lieu dédié au beau. La vieille personne à larges bottes est en train d’attacher un poids à ces parties génitales. Le type à droite derrière le pylône—qui de près, ressemble à Marc-Édouard Nabe—a l’air amusé, et le mec devant nous qui revient de Bali (il nous l’a avoué, mais son sac en bandoulière en disait déjà beaucoup sur l’itinéraire de ses dernières excursions) est manifestement hypnotisé par la scène. Quand on est revenu trois quart d’heure plus tard de notre petit tour Coca-clopes-gâteaux, il était toujours là, souriant.

Un autre truc dégueulasse qui m’a traumatisé « visuellement » : la perceuse-gode. Ça ressemble pas mal à ce qu’annonce le nom de l’outil, à savoir un gode monté sur un pas de vis. C’est horrible, et c’est vraisemblablement à cause de ce genre de jeux pour blancs que deux avions ont percuté les tours jumelles il y a dix ans. Aussi, il restait un peu de plâtre sur l’engin, signe qu’il avait effectivement servi à percer des parois d’appartement il y a quelques années.

Derrière la granny, ce poster. Outre les fautes de grammaire et le prix retouché au feutre, belle initiative que de faire la promotion des services de Domina Fab sur une plate-forme aussi visible. Trente euros, c’est à peu près deux verres d’alcool fort en club.

La vieille femme est une nouvelle fois livrée en pâture aux 200 creeps présents. Flashes de téléphone portable et tonnerres d’applaudissement, sifflets chaleureux, hurlements et cris qui témoignent d’une misère sexuelle vécue au rythme ralenti de la vie de bureau, c’est « la fête », et cette fête ressemble étrangement au mariage de votre voisin pédophile. Apparemment, la dame devait par la suite se faire fouetter « en étant attachée à des bambous » (on ne sait toujours pas si le mec qui nous a fait part de cette confidence était dans le registre de la blague ou pas), mais on a préféré fuir—vite.

Quand on est revenu, les mecs étaient en train de se foutre sur la tronche pour récupérer les goodies lancées à la faune depuis la scène ; parmi les cadeaux, des chapeaux de cow-boy à la gloire d’une marque de whisky, des montres water-proof 300m (visiblement, pas mal des plus gros weirdos français sont aussi des amateurs de plongée sous-marine), des DVDs porno du troisième gouffre et un joli lapdance de la part de la meuf à l’exrême-gauche de la photo. Quand elle a terminé son numéro, j’ai fixé pendant quelques minutes le palmier en PVC et je me souviens avoir été pris d’un vertige.

Bon plan Salon de l’érotisme de Villepinte : se faire prendre en photo avec une fille déscolarisée depuis ses 13 ans devenue un peu par hasard boulangère dans un Super U, serveuse dans une boîte pour adultes à la sortie du périphérique B, puis second rôle récurrent dans les pires films gonzo-porn européens. Elle a depuis développé un regard de type « partie de PES sous shit » qui s’accorde bien avec sa boucle de ceinture papillon.

Ce mec, c’est le diable. Il règne sur les enfers et prépare l’apocalypse depuis 2000 ans, sans succès. C’est à peu près le plus gros perdant de l’histoire de la religion, derrière cet éléphant indien. Là il est en train de donner un discours en faveur du libertinage et de la bisexualité, puis il repartira en Peugeot 306 dans son pavillon près d’Ivry.

Le temps que je change de pellicule, j’ai loupé le mec qui posait avec elles en se servant de ses doigts pour faire un gang sign « 9.3 ». On a donc laissé notre seule compagne féminine le remplacer ; les deux sexy gals ont conservé le même air absent le temps des deux séquences, celui qui veut dire « ce boulot c’est pas la joie tous les jours, mais je tiens le coup ! »

On s’est barrés juste après, quand on a vu un cul de jatte en fauteuil tuné (littéralement, rabaissé) raquer 10 euros pour prendre une photo avec une énième actrice de province, seins nus, affublée d’un casque à cornes—probablement une amie du diable aperçu auparavant. La meuf a accepté le marché, et TOUS les mecs témoins de la scène se sont mis à hurler, hilares, en se foutant de la gueule du type handicapé.

Quand on a pris la navette en direction de St Denis-centre, d’autres mecs, manifestement excités par leurs aventures du parc des expos, nous ont proposé de tourner dans un film porno « local », inspiré par Fast & Furious 5. On a décliné poliment l’invitation, en se disant qu’on louperait une bonne occasion de se faire buter dans un bois. Les mecs en question nous ont insultés jusqu’à l’arrivée devant la station de métro. Dormez plus tristes.

VICE STAFF

PHOTOS : MELCHIOR FERRADOU-TERSEN

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