Il m’est arrivé un truc imbitable il y a deux heures, alors que j’étais à Karachi pour couvrir la deuxième fashion week organisée au Pakistan. Le deuxième jour de cet événement de trois jours, une bombe a explosé à cent mètres de l’hôtel Sheraton, où j’étais hébergé, dans le centre de Karachi. L’explosion, d’après ce que j’ai compris, provenait d’une voiture piégée garée devant un immeuble de police et a formé un cratère de plus de dix mètres de diamètre. 18 personnes sont mortes, et plus d’une centaine ont été blessées.
L’explosion a été si forte que la plupart des vitres du lobby se sont brisées, ainsi que celles des deux premiers étages de mon hôtel. La police n’a d’abord pas voulu nous laisser approcher les lieux pour qu’on confirme la nouvelle, qui en revanche a été annoncée sur la télé pakistanaise. Quand j’ai entendu la nouvelle, j’étais devant un podium à regarder les nouvelles créations de jeunes stylistes pakistanais défiler sur fond de musique techno-ethnique en compagnie de fashionistas locaux. On était à environ vingt minutes en bagnole de l’endroit où la bombe a explosé, mais les gens qui étaient dehors m’ont assuré qu’ils avaient entendu le retentissement.
Videos by VICE
Après le défilé, les journalistes internationaux, les stylistes, les organisateurs ont été chargés dans un bus et escortés par une sorte de milice privée munie de fusils à pompe et d’armes automatiques jusqu’à une villa luxueuse, où nous nous sommes fait un devoir de nous soûler, de nous relaxer, et de digérer ce qui venait de se passer.
Après m’être jeté deux whiskys et avoir appelé ma mère pour la rassurer, je me suis mis à prendre en photo et interviewer les Pakis branchés qui participaient à la fête, un verre de blanc à la main. Parmi eux, quelques membres de l’élite pakistanaise, l’ambassadrice des États-Unis au Pakistan, et une poignée de jeunes journalistes ainsi que des gens du business de la mode. Carmela Conroy, l’ambassadrice américaine, m’a informé qu’elle avait pris soin d’updater son statut Facebook : « Je suis à Karachi, mais loin de l’explosion. » Quand je lui ai parlé, cinq personnes avaient déjà commenté son statut, mais je suis sûr qu’elle a beaucoup plus de commentaires maintenant.
Environ une heure plus tard, on nous a promptement reconduits à l’hôtel, désormais dûment fortifié. Les gardiens avaient balayé le verre dans l’entrée, on a tous longuement jeté un coup d’œil au lobby avant de regagner nos chambres dégradées. Dans ma chambre, une partie du plafond s’était écroulée, et dans la piscine de l’hôtel, trois étages en dessous, je pouvais voir étinceler des morceaux de verre et un mur effondré. Quelques participants à la fashion week ont été forcés de changer de chambre, leurs fenêtres avaient explosé et leur plafond avait cédé.
Ce matin, tout près du site bombardé. La totalité des vitrines de magasins étaient éclatées, l’intérieur ravagé, et l’extérieur surveillé par des vigiles parés à toute éventualité.
Un petit mec en train de nettoyer la chambre de son frère. Le truc qui traîne sur le lit, c’est le mur de derrière et une partie de la commode.
De toute ma courte carrière de journaliste, c’est la première fois que j’ai été confronté d’aussi près à un attentat, et putain, c’était surréaliste. Un rappel subit de la putain de proximité de la mort, et j’ai mis un peu de temps à réaliser que ce genre d’événements merdiques ne paraît pas si étranger ou extraordinaire à une tonne de gens dans le monde entier. Quand c’est arrivé, les Pakistanais sont restés cool, moi j’ai chié dans mon froc. Les décisions que prennent les décideurs internationaux et les réactions qu’engendrent de telles décisions sont moins abstraites quand vous dormez juste à côté d’un immeuble où les gens se sont fait déchiqueter en de tout petits morceaux.
TEXTE ET PHOTOS : LAURENT LAUGHLIN
More
From VICE
-

-

The Apple Watch Ultra 3, because there aren't pics of a rumored, unreleased Ultra 4 yet. – Credit: Apple -

Bruce Willis -

Nickelodeon