WEED : VERS UNE NORMALISATION DU MARCHÉ

Si vous suivez ma colonne sur le blog Mishka, vous avez sans doute déjà vu les posts assez snob que j’ai envoyés. Il y a toute sorte de catégories de weed. Je suis assez sceptique face à ça. On voit ces classements dans toutes les industries. Vous vous souvenez quand les Air Jordans pouvaient vous faire voler ? Ces mêmes affirmations grotesques sont aujourd’hui faites à propos de la marijuana. La seule différence étant qu’il s’agit d’une industrie clandestine. Ces différents classements sont ce qui ce qui se rapproche le plus des normes. Ça en dit long sur ce qu’on sait du cannabis et des façons dont l’industrie est gérée.

Je me souviens quand les enfants débattaient – avec la conviction des croyants les plus féroces – afin de déterminer si les Air Max, les Jordan ou les Reebok Pump allaient te faire courir plus vite ou sauter plus haut. Les gosses auraient pu risquer leur vie pour prouver que les chaussures qu’ils portaient avaient un impact – ou non – sur leurs capacités surhumaines. Je pense qu’en tant qu’adultes, il faut se tenir à distance de telles démonstrations, même si de telles passions sont les conséquences de notre génome humain imparfait. En gros, ce n’est pas que les patients refusent d’être soumis à des normes, c’est juste qu’avant les normes n’existaient pas. Leurs médications apparaissent de façon presque magique. On ne sait pas comment ni pourquoi la plante se retrouve à notre disposition, et quels ont été les cheminements qui l’ont amenée jusqu’ici – il s’agit évidemment de préserver l’anonymat de tous les intermédiaires.

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Car le processus de production est opaque du début à la fin pour les patients, des patients qui ne savent absolument rien des pratiques et des normes du début de la production, jusqu’au moment où la weed est commercialisée. Quelques personnes ont commencé à faire des efforts de standardisation, mais pas grand chose ne s’est passé pour l’instant. Ce qu’on sait, c’est que les patients veulent de l’herbe de qualité. L’industrie s’accorde sur le fait qu’ont ait besoin de normes spécifiques pour avancer, et beaucoup critiquent – à raison – le manque de règles. Le problème majeur, c’est que les producteurs tiennent à demeurer anonymes et par conséquent, ne peuvent être tenus pour responsables. L’industrie de la marijuana va se mettre à stagner si elle ne trouve pas un moyen de montrer au reste du pays qu’elle est responsable, éthique et compétente. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord. Commençons par voir les normes existantes et la façon dont elles sont apparues.

On peut dire qu’elles sont nées d’un genre de métissage. Dans un sens, ça correspond à mettre au monde une chose imaginaire : prendre deux gènes de weed différents pour créer une nouvelle « espèce » d’herbe. Les producteurs marient le pollen et les fleurs de deux phénotypes sélectionnés pour certains de leurs aspects ; les descendants de ces plantes sont ensuite modifiés en fonction de leur réaction à l’assemblage. Le processus continue jusqu’au moment où ces traits sont poussés à leurs extrêmes, quand on a atteint « l’idéal génétique » de la plante.

Pendant un long moment, ce processus était mené de façon continuelle par un petit groupe de personnes. Basé sur la mise en commun de leurs différentes recherches, ce petit groupe a fini par se mettre d’accord sur le fait que certaines plantes possédaient des caractères spécifiques bénéfiques pour tout le monde. Les nouveaux types de plantes sont nommés en fonction de leurs origines ; en connaissant l’arbre généalogique d’une plante, on peut aussi déterminer son degré de séparation des autres plantes avec son phénotype idéal. Un producteur sera capable de vous dire sa descendance juste en regardant l’origine de la plante en question. Un simple nom détermine toute une ligne généalogique quand elle est lue par la bonne personne. Mais ça va même plus loin, car la communauté des producteurs est plutôt petite : quand un producteur connaît la génétique d’une plante, il connaît aussi le producteur impliqué dans sa création. Pour quelqu’un qui a fait partie d’un cercle privé de production, une appellation est bien plus que juste un nom.

Les cultivateurs de marijuana forment une communauté restreinte qui ne peut fonctionner que si elle reste anonyme. L’anonymat est la clé pour réussir dans un vieux monde qui se bat encore et toujours contre la drogue et la prohibition. Mais il y a une contradiction : si les producteurs d’avant se devaient de rester anonymes, les producteurs d’aujourd’hui – alors que tout le pays tourne son attention vers le débat sur la légalisation – se doivent d’être responsables. Alors que les producteurs « éthiques » ont des normes à respecter à l’intérieur de leur cercle, il n’en va pas de même pour tout le monde – puisque seulement une poignée de gens font partie de ce « cercle ». Cet anonymat leur permet donc d’esquiver la plupart des normes fixées par l’industrie. Alors que certains producteurs et cultivateurs développent des embryons de règles dans leur communauté, ces indications ne sont pas adoptées par la suite car elles ne sont pas codifiées par l’industrie et les consommateurs. C’est là que les laboratoires d’analyse entrent en jeu.

Les labos sont nés pour remplir l’absence de normes. Le rôle des labos d’analyse est de prendre les normes existantes chez les producteurs, cultivateurs et (même) dans l’opinion publique, et de faire un lien entre les deux. Les labos ne créent pas les normes, ils les adaptent, et créent des moyens de les tester.

Dire qu’il n’y a pas de normes concernant la marijuana serait à moitié faux, mais jusqu’à maintenant les normes sont nées d’une confiance aveugle ou quasi aveugle entre les différents protagonistes. Se reposer sur la confiance dans une industrie artisanale – aussi géographiquement diffuse soit-elle – est très différent de se reposer sur la confiance dans une industrie drainant des millions de dollars. Les laboratoires ont pour objectif de quantifier ce seuil de confiance. Quand des chiffres sont impliqués, on passe à un autre niveau, un genre de passage à l’âge adulte. C’est le moment de commencer à envisager l’industrie de marijuana comme une industrie à part entière.

Les labos d’analyses constituent un lien entre le cercle privé des producteurs et cultivateurs et le cercle public des patients et consommateurs. Les labos sont les agences diplomatiques chargées de déterminer comment quantifier les normes des producteurs, comment traduire les indications concernant les pesticides des autres industries, comment évaluer les plantes elles-mêmes, comment lire et étudier les plantes, comment mettre en relation toutes ces indications et comment déterminer tout ce que cela veut dire. C’est une part de chimie, une part de statistiques, une part d’anthropologie et une part de botanique. C’est un terrain glissant. Il n’y pas d’indications claires, parce que ces sont justement les laboratoires qui les créent.

Alors, que font-ils ? Qu’est ce qu’ils cherchent ? Servent-ils vraiment à quelque chose ? En répondant encore et toujours à ces questions, l’industrie sera capable de pointer ce qui est important pour tout le monde et finalement, c’est ce qui entraînera la création de nouvelles normes. C’est un marché intégralement domestique, de l’origine jusqu’à la consommation. Tout ce qui arrive dans cette industrie se passe dans nos quartiers, nos villes et à l’intérieur de nos pays. Ce qui veut dire que mettre en place des normes ne concerne pas seulement des chiffres ou des idéaux. Ces règles vont affecter la manière dont les gens travaillent, la manière dont les gens vivent, la manière dont les gens pensent et imaginent le futur. Ce n’est pas une tâche facile, mais ça ne veut pas dire non plus que c’est impossible. Ça implique juste que les décisions doivent être prises prudemment, et que nous devons rester attentifs en les prenant. De toute façon, c’est la nature même de ce mouvement depuis ses débuts.

Le mot « bio » ne veut rien dire quand il s’agit de cannabis. Même si certains posent le label bio sur leurs récoltes avec la meilleure des intentions, la réalité est toute autre ; il est simplement impossible de considérer le cannabis comme étant « organique ». Organique est aussi un terme que la FDA (Food and Drug Administration) utilise pour identifier des produits régis par certaines normes. Ces règles sont dictées par trois agences et aucune d’entre elles – que je sache –n’évolue dans l’industrie de la marijuana médicale. En gros, on peut se faire poursuivre en justice pour avoir utilisé le terme « bio » sur des produits ne l’étant pas du tout. Qu’est-ce qu’il faut faire, alors ? Des normes sur mesure pour la culture du cannabis, des méthodes communes pour toutes les différentes strates de cette industrie, plutôt que des vieilles normes nées à des périodes révolues ? C’est le moment de prendre le pouvoir aux agences qui sont déconnectées du monde et des personnes qu’elles emploient.

ZACHARY G. MOLDOF

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